Pourquoi suis-je devenu PROFEMINISTE ?

Du primaire au lycée et même dans mes premières années à l’université, j’étais un petit farceur qui adorait taquiner tout le monde surtout les femmes, certaines fois j’allais beaucoup plus loin, je ne faisais pas qu’être taquin, j’étais ouvertement un gros pervers dégueulasse. Je soulevais les jupes des filles dans la cour de l’école ou en classe, je touchais leurs seins, leurs fesses, je me permettais d’accéder à leur intimité sans en mesurer les conséquences ni pour elle, ni pour moi. Le plus étrange c’est que je détestais ce comportement et je n’arrivais pas à m’expliquer pourquoi j’agissais de la sorte.

Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais considéré que les hommes sont supérieurs aux femmes et j’ai toujours mal vu les rôles de genre. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait que les femmes soient soumises aux hommes et surtout pourquoi les hommes étaient systématiquement les chefs. Grandir avec des héros masculins partout me paraissaient bizarre alors que chez moi le pouvoir était conjugué au féminin, puisque c’était ma mère qui commandait. Mais cela était certainement dû au fait que nous étions une famille monoparentale, ça aurait peut-être été différent si je vivais avec mon père aussi. Certaines personnes m’ont toujours demandé, du fait de l’absence de mon père : “qui est la figure d’autorité chez toi ?” je répondais ma mère et l’on refusait ma réponse alors je me demandais ce qu’il manquait à ma mère pour être une figure d’autorité sachant qu’elle est très autoritaire.

Ce que je dis là peut vous paraitre totalement incohérent, incompatible ou autre. Sachez que moi aussi tout cela me paraissait de plus en plus incongru. Peut-être était-ce la maturité ou je-ne-sais-quoi d’autre mais en 2016 à la faveur d’un gros doute concernant mon avenir, de grandes incertitudes sur mon futur, j’ai débuté une longue interrogation sur la société et sur ma personne, aussi sur mes rapports avec les femmes. C’est dans cette introspection que j’ai compris la toxicité de ma propre masculinité, j’ai compris qu’à 5 ans une amie de la famille avait abusé de moi, que ma vision de la sexualité était malsaine et bien d’autres choses liées à mon vécu et à ma condition masculine. J’ai alors décidé de faire un travail sur moi-même pour changer tout cela. Ma démarche est d’abord intéressée, personnelle, il s’agit pour moi de devenir meilleur homme afin d’être un meilleur époux et père, plus tard.

En 2019, je me suis publiquement engagé dans la promotion de l’égalité des sexes par l’élimination de la masculinité toxique. Peut-être qu’inconsciemment ou consciemment il s’agissait de me racheter une conduite, je ne sais pas, ce que je sais c’est qu’il y a toujours en moi un feu qui brûlait et le jour où j’ai pris cet engagement, ce petit feu est devenu un brasier et depuis je suis un homme heureux.

Alors comment être un homme féministe sans tomber dans le mansplanning ?

Cette question je me la suis posée tout au long des années 2019 et 2020. La question de la légitimité car qui suis-je pour dire W, pour faire X, pour penser Y et surtout pour critiquer Z ?

En tant que jeune, que sais-je de la vie et de la complexité de cette société, du monde ?

En tant qu’africain, que sais-je du féminisme, un mouvement né en Occident il y a des lustres ?

En tant qu’homme, que sais-je de ce que vivent les femmes au quotidien en Afrique, dans le monde ?

Sachant que le mansplaining c’est le fait pour un homme d’expliquer avec un ton paternaliste, condescendant, à une femme quelque chose qu’elle est censée savoir en considérant son expertise professionnelle, son parcours académique ou simplement son sexe.

C’est une pratique basique dans une société patriarcale puisque l’on part du principe que les femmes ne savent pas, elles ne peuvent pas savoir et au quotidien cela se matérialise par le refus de leur permettre d’accéder à la connaissance, une injustice encore présente et légale dans de nombreux pays. Ce refus de donner aux femmes les clés du savoir sert à asseoir la domination masculine.

Alors sachant cela j’ai pendant un certain temps été réticent à l’idée de prendre la parole pour les droits des femmes, contre le sexisme, pour la justice. Car n’étant pas une femme en réalité il m’est impossible de comprendre entièrement les tenants et les aboutissants du vécu féminin et une femme ne peut pas entièrement comprendre la complexité du vécu masculin.

C’est pourquoi j’ai décidé en novembre 2019 de m’adresser aux hommes, de dénoncer les préjugés et comportements ayant des effets nocifs sur l’homme d’abord et la femme ensuite.

Armé de mon smartphone et de mon cerveau, j’ai pendant 30 jours dénoncé ce que certains psychologues ont décidé d’appeler masculinité toxique.

Cette campagne en ligne, ou plutôt « on Facebook », m’a aidé à répondre à cette question, cette appréhension qui me bloquait.

De façon simple, pour être un homme féministe sans tomber dans le mansplaining il faut parler de son expérience d’homme et surtout faire une dénonciation des faits et/ou des attitudes, des actions posées par, les hommes ou par les femmes.

Après cette campagne mon constat était amer : le patriarcat a encore de beaux jours devant lui en Afrique.

Révoltant !

J’ai donc décidé de continuer d’écrire, de continuer de dénoncer ce sexisme, cette masculinité toxique, car j’ai en horreur cette image de prédateurs donnée à l’homme et que l’homme se donne puisque cela lui permet de briller en société phallocrate.

Faire briller les hommes au détriment des femmes, sur les corps des femmes, sur l’honneur des femmes, en exploitant les femmes. JE DIS NON !

Quelle est la place des hommes dans la lutte ?

Le féminisme est une idéologie, un mouvement qui promeut l’égalité dans toutes les sphères de la société entre les femmes et les hommes. L’atteinte de cette égalité passe par la réduction et la disparition complète des inégalités de genre, des discriminations basées sur le sexe au sein de nos sociétés et comme il est assez flagrant de le constater, ces discriminations touchent principalement les femmes.

En effet, dans nos sociétés ce sont les femmes, du simple fait d’être des femmes, qui ne jouissent pas ou ne jouissaient pas (c’est selon le pays où l’on se trouve) pleinement des droits accordés à tous les citoyens. Elles sont/étaient classées en citoyen de seconde zone, elles sont/étaient considérées comme inférieures aux hommes.

De ce fait, le féminisme lutte principalement contre toutes les discriminations faites aux femmes et fait principalement la promotion des droits des femmes.

La femme est donc l’objet premier du combat féministe.

Être un homme féministe est sujet à controverse dans la mesure où, les discriminations dénoncées sont causées par les hommes et vécues par les femmes, dans la mesure où même en dénonçant ces violences l’homme garde les privilèges que lui confère la société patriarcale.

Le terme « homme féministe » ou « féministe homme » est alors clairement problématique.

En ce qui me concerne, je préfère le terme « pro féministe » car il traduit mieux le rôle des hommes dans le et hors du féminisme.

Prenant le sport par exemple, il y a de nombreux individus qui ont en commun un amour inconditionnel du football, ils ne vivent rien que pour vibrer à chaque rencontre, chaque débat, chaque tournoi.

Cependant tous ces individus, bien qu’aimant tous le foot, n’ont pas, dans la pratique, la même incidence sur le football. Certains sont footballeurs professionnelles, d’autres supporteurs, d’autres sont entraineurs et j’en passe.

Je considère que dans le féminisme les hommes sont des alliés, des supporteurs et les femmes sont des footballeurs, ce sont-elles les stars. Nous, les hommes, aimons le féminisme, promouvons l’égalité des sexes, dénonçons le sexisme mais le plus gros du travail, celui de remporter la victoire contre le patriarcat appartient aux footballeurs c’est-à-dire aux femmes.

Cette configuration et cette dénomination sont très importantes dans la mesure où il est ici question pour les femmes de se réapproprier leur histoire et de se construire une nouvelle réalité sociale.

Je veux dire que si ce sont les hommes qui se mettent pour défendre les droits des femmes, aucune évolution ne sera faite, l’on va encore retomber dans ce vieux schéma patriarcal qui veut que les hommes protègent les femmes.

Sauf que les femmes ne sont pas de faibles choses, des êtres fragiles, incapable ne serait-ce que d’hurler « EGALITE OU LA MORT ! »

Je ne défends pas les femmes, elles se défendent seules, je suis ramasseur de balles et nettoyeur de fusils.

Cela va sembler bizarre à certains et c’est ce qui les répugnent certainement dans cette lutte mais ici, pour une fois, les hommes doivent se mettre aux côtés des femmes et même derrière elles car c’est à elles d’emmener ce navire qu’est le féminisme à bon port.

Et aussi contrairement à ce que certains peuvent penser ou dire, il ne s’agit pas de brandir les hommes, de mettre les hommes au-devant de la scène, pour montrer que le féminisme sait être tolérant, la non-mixité est un choix stratégique, idéologique, politique totalement légitime, le féminisme n’a pas besoin des hommes pour se faire entendre. Les femmes n’ont pas besoin des hommes pour exister dans la société.

Il ne s’agit pas non plus en tant qu’homme de se revendiquer féministe ou allié uniquement pour obtenir des faveurs sexuelles de la part des féministes, ce que certains ont l’audace de faire sans aucune vergogne dans le but d’humilier ces dernières puisque le sexe est vu comme un moyen de contrôler les femmes.

Il s’agit de participer à la création d’une société plus juste, plus équitable et plus respectueuse des droits humains dans leur entièreté. Il s’agit de se débarrasser des mentalités, des habitudes qui sont nocifs à nous-mêmes hommes, telles que la pression pour les performances sexuelles, l’incapacité à transmettre nos émotions, notre absence auprès de nos enfants et j’en passe.

Comprendre qu’il est bénéfique pour les hommes de lutter contre le sexisme, c’est la première étape vers la construction de cette société plus juste et je nous invite tous à y placer sa pierre, à aider à l’édification de ce nouveau modèle de société.

Pourquoi suis-je devenu proféministe ? Je ne saurai aisément répondre à cette question en réalité car oui, je suis un opportuniste. J’ai vu dans ce mouvement l’opportunité de devenir meilleur, de devenir beaucoup plus fier de moi-même, d’être en accord avec mes doutes, de me racheter de mes mauvaises conduites qui ont certainement contribué à briser la confiance que certaines femmes femmes avaient en elle-même, je me suis engagé pour guérir de mes blessures, pour améliorer ma vision de la sexualité, ma perception du monde mais surtout ma perception de moi-même. Je me suis engagé pour moi, pour mes douleurs, mes blessures, mes regrets, mes remords personnels.

Je suis devenu proféministe en espérant qu’à travers mon engagement des gamins ne prennent pas les mêmes décisions que moi, ne vivent pas les mêmes traumatismes que moi.

Je ne suis pas une personne exempte de tâche mon passé, mon intimité est mille fois plus laid que les maux que je combat et j’espère me dessiner un bel avenir.

Je prends la parole parce que je le peux, parce que je le dois, parce que je n’ai pas d’autre choix que de dire ce que je dis et faire ce que je fais.

Je suis tombé dans le gouffre, je souffre, peut-être que je changerai mais en attendant je suis là et je ne lâcherai pas le morceau.

Bref c’était Un Homme à la Mer…

HOMME NOIR ET PATRIARCAT

[ Publication du 06 Novembre 2021 ]

Bonjour à tous et à toutes

J’espère que nous allons tous bien, moi je suis toujours au chômage mais mon esprit travail.

C’est pourquoi ce matin, j’aimerais revenir sur cette publication du 1er Novembre ainsi que la vague d’indignation et d’acquiescement que cela a suscité.

Avant tout propos, je m’excuse auprès de toutes les personnes qui d’une façon ou d’une autre ont été heurtées, choquées, blessées par ma publication.

Plus précisément les personnes qui ont estimé qu’il s’agissait là d’une stigmatisation, d’une catégorisation des personnes dites Noir.e.s …

Sachez que vos réactions étaient totalement émotionnelles et contrairement aux personnes qui s’asseyent pour dire « sortez de l’émotion« , moi je vous dis que vos réactions étaient légitimes.

Vos frustrations, qui ont dans une certaine mesure terni votre jugement face à ma publication, étaient parfaitement justifiées.

Oui, vous êtes frustrés, vous êtes en colère, vous ne comprenez pas pourquoi sans raison réel, sans justificatif valable, les Noir.e.s sont chaque jour méprisés.e.s et martyrisé.e.s, vous êtes frustrés de voir qu’à cause de votre différence biologique l’on vous mette à l’arrière de la société.

En effet depuis des siècles les Noir.e.s, hommes et femmes, sont sujets à une déshumanisation sans précédent, ils sont, non, nous sommes, victimes d’une campagne millénaire de diabolisation de nos cultures et de nos corps.

À notre couleur de peau, à nos traditions, ont été accolées les pires défauts et nombreux sont les Noir.e.s qui participent à cette diabolisation, stigmatisation des personnes dites Noir.e.s sans état d’âme ni scrupules.

C’est pourquoi il est parfaitement normal qu’en voyant les mots « Homme Noir » suivi d’une qualification négative, vous ayez été blessé.

Vous aviez totalement raison de réagir comme vous l’aviez fait et peu importe les intentions derrières mon propos, ma façon de formuler la chose dans un contexte social hostile aux Noir.e.s, ne donne pas lieu à mille interprétations.

Cette publication stigmatise les hommes Noirs. C’est un fait

Et je m’en excuse, nous méritons mieux.

Maintenant que c’est dit revenons à ma publication, au fond qu’est-ce que je voulais dire ?

Premièrement, j’ai totalement fait exprès de circoncire mon propos aux hommes Noirs parce que ce sont eux qui me lisent et ce sont eux que je côtoie, c’est leurs façons de vivre, leurs cultures, leurs aspirations que je connais.

Aussi, je ne crois pas avoir un quelconque intérêt à parler des autres peuples, à critiquer le mode de vie des autres peuples.

S’il faut faire une critique, je la ferai contre ou pour les personnes qui sont comme moi et ce n’est pas non plus de l’exclusion.

Il s’agit ici d’être réaliste, je n’ai jamais quitté l’Afrique, je ne vis qu’avec des Noir.e.s alors je ne parle que d’eux même si j’apprends de tous les peuples.

Peut-être lorsque je me retrouverais ailleurs qu’ici, je me sentirai légitime de parler des Arabes, des Juifs, des Corses et autres.

Deuxièmement, j’ai fait exprès de parler des hommes Noirs afin de titiller votre fragilité.

Oui, vous êtes fragiles et cette fragilité découle des frustrations dont j’ai parlé dans l’avant-propos.

Peut-être que maintenant vous comprendrez que réagir dans l’émotion a ou peut avoir une légitimité et que le discours d’une personne qui réagit par rapport à ses frustrations n’est pas à bannir.

Ce sursaut d’orgueil que vous avez eu en lisant ma publication, vous devrez l’avoir chaque jour contre toutes les discriminations.

Il est intolérable de permettre à quelqu’un de venir tranquillement salir l’image de toute une catégorie de personnes, tout un peuple, c’est inadmissible.

Troisièmement, j’ai fait exprès de parler des hommes Noirs car nous devons sans aucun ménagement critiquer les tares de nos sociétés.

Ce n’est pas en cachant la poussière sous le tapis qu’on rend une maison propre et nous, africain.e.s, avons trop souvent tendance à nous mentir à nous-mêmes au sujet des maux dont souffrent nos sociétés.

Globalement ici il n’y a que deux façons de considérer nos difficultés : pour les amoureux de l’Afrique, nos problèmes ont toujours des causes exogènes, c’est toujours la faute des autres peuples si X ou Y nous arrive et pour les haineux de l’Afrique, nos problèmes ont toujours des causes endogènes, c’est parce que le Noir est mauvais que X ou Y nous arrive.

Ces deux approches n’ont aucune réel objectivité, nous refusons de faire une analyse sociologique profonde de nos sociétés et lorsque nous le faisons, nous refusons de voir les résultats surtout pas en public car nous avons peur que les autres peuples nous regardent et se moquent de nous.

Cette attitude est la preuve encore une fois de notre fragilité et de notre haine de nous-mêmes, s’aimer ce n’est pas cacher ses défauts, s’aimer c’est ne pas craindre l’avis des autres sur soi.

Et tant que nous refusons de régler nos problèmes, ils vont perdurer.

Quatrièmement, j’ai fait exprès de parler des hommes Noirs parce que l’homme Noir souffre de sa masculinité et cette souffrance n’est absolument pas silencieuse, elle est visible de tous et toutes mais nous avons décidé de détourner le regard.

Les sociétés dans lesquelles les hommes Noirs évoluent aujourd’hui sont profondément sexistes et racistes, c’est dans ce contexte que l’homme Noir s’est construit une carapace de virilité au dessus de ses blessures.

L’homme Noir souffre du racisme qui dans un monde globalisé touche autant le jeune afro-américain de New-York que le jeune béninois de Parakou, nous sommes tous directement ou indirectement victime de ce racisme ambiant.

Ce racisme qui ne cesse de nous dire que nous ne sommes rien ni personne, que nous n’avons de valeur que celle qu’on veut bien nous attribuer, chaque jour nous sommes diminués et renvoyés à un état de bestialité.

L’homme Noir souffre d’être Noir mais il a au moins la chance d’être homme.

Alors on se construit autour de l’identité masculine, on se recroqueville dans la virilité pour retrouver un peu d’estime de nous-mêmes, un peu d’amour propre.

La virilité est devenue notre arme, notre argument de valorisation principale, chaque blessure raciste est pansé avec des « je suis un homme, je suis fort« …

« Grosse bite » qui est une insulte contre nous est devenu la mascotte de notre masculinité.

Mais si seulement il s’agissait d’un problème de racisme.

Nos sociétés traditionnelles sont elles-mêmes les haut lieux d’une masculinité viriliste qui ne dit pas son nom.

L’homme Noir est roi, guerrier, incontesté et incontestable.

Cette force brut qu’est l’homme Noir vient se confronter à la réalité dure et sans équivoque de la jungle urbaine à l’heure où toutes les branches de nos traditions ont été détruites mais tel un membre fantôme ça continue de nous démanger.

Enfin, pour entrer dans le vif du sujet ma publication vient dresser un constat, faire un portrait, celui de l’homme Noir, l’homme Noir tel que notre société le construit et son rapport à la parentalité, la paternité.

Sous nos cieux les enfants sont considérés comme une richesse au sens propre comme au figuré, un homme qui a beaucoup d’enfants est un homme riche.

Sans parler du fait que c’est un signe, une preuve de virilité, de puissance pour un homme que d’avoir une multitude d’enfants.

Lorsque deux âmes s’unissent, elles unissent aussi leurs familles et le fruit, la concrétisation de cette union ce sont les enfants.

Les enfants sont une importante unité de mesure dans nos sociétés où l’on ne jure que par la famille, où la famille est considérée comme le socle de tout.

Afin de se conformer à cet idéal social, les hommes Noirs n’ont aucune hésitation à faire le plus d’enfants possibles et nous en sommes extrêmement fiers.

Lorsqu’il s’agit de concevoir les enfants, les hommes Noirs répondent toujours présent, il est inadmissible chez nous de ne pas vouloir avoir des enfants.

Cependant il est étrange de constater que ces hommes éduqués et conditionnés à la procréation soient incapables de s’occuper seuls de leurs enfants.

Loin d’être un mauvais père, l’homme Noir sait être responsable face à ses enfants, il fournit à ses enfants un toit où s’abriter, de quoi se nourrir pour être en bonne santé et fait office de figure d’autorité, l’incarnation de la ligne droite à suivre, le wagon de tête.

Mais il demeure inaccessible, l’homme Noir est loin de ses enfants, si loin qu’il n’est plus visible c’est uniquement son ombre qui plane au-dessus du foyer.

Humainement, l’homme Noir n’a aucune relation avec sa progéniture.

L’on pourrait aisément me dire que tous les hommes Noirs ne sont pas ainsi mais quelle est la norme sociale ?

Toutes les sociétés ont des normes, des comportements, des raisonnements, des activités qui sont jugés comme normaux et c’est dans tous les domaines.

Alors je repose ma question, quelle est la norme chez nous ?

Si la norme c’est la complicité entre père et enfants pourquoi ça nous paraît si étrange et exceptionnelle qu’un homme soit proche de ses enfants ?

Quels sont nos modèles ? Dans nos contes traditionnels, au théâtre, au cinéma, dans les romans, les poésies, les chansons. Comment le père Noir est-il dépeint ? Quel portrait fait-on de lui ?

Combien sont les enfants qui bien qu’ayant leurs pères vivants, bien que vivants avec leurs pères, ressentent l’absence de ces derniers ?

Combien de pères souffrent de cette relation où ils travaillent pour leurs enfants mais ne partagent aucune intimité avec eux ?

De toutes ces questions pourraient en découler une autre qui a toute son importance pour ne pas dire la plus importante : est-ce qu’il est nécessaire pour les pères d’être proches de leurs enfants ?

Pour ma part oui et chacun est libre d’avoir sa propre appréciation, réponse à la question.

Oui, parce que les liens de sang n’ont pas véritablement d’impact dans la pratique, les liens de sang ne se vivent pas, ne suscitent aucune émotion, contrairement aux souvenirs provoqués par les moment passés ensemble.

La proximité, l’intimité d’une conversation, d’une activité est favorable à développer un lien émotionnel qu’il n’est pas facile à briser mais il ne suffit pas d’une seule discussion pour nouer des liens, c’est un travail de longue haleine.

Les relations humaines sont des relations émotionnelles.

C’est pourquoi il est impératif pour les hommes Noirs de développer une vraie relation émotionnelle avec leurs enfants.

Et avant d’en arriver là, l’homme Noir doit d’abord pouvoir exprimer ses émotions donc il faut détruire sa carapace de virilité !!!

L’absence des pères, au-delà d’être physique est avant tout émotionnel, cette déconnexion est avant tout entre l’homme et lui-même, cette déconnexion profite au patriarcat.

L’absence des pères est une preuve de la masculinité toxique, en plus des enfants, des mères, les pères eux-mêmes souffrent de ce fait.

Dans mon argumentaire, je n’ai avancé aucun chiffre, aucune donnée statistique, j’ai juste partagé mon analyse qui repose entièrement sur ma vision des choses, de ce fait mon propos est biaisé, complètement, et ce serait assez risqué de me suivre dans mon délire.

Toutefois j’ai la conviction profonde d’avoir mis le doigt sur un problème dont souffre un certain nombre de personnes même s’ils sont peut-être minoritaires c’est pourquoi personnellement je m’engage à aller au bout de la démarche.

Ça prendra du temps, ça prendra de l’énergie mais ça rendra libre.

Si vous êtes arrivé jusqu’au bout de cette lecture, je vous en remercie et vous souhaite une excellente journée.

Lorsque les traditions deviennent prétextes d’asservissement

Avez-vous déjà été confronté à une situation où la tradition nuisait votre épanouissement personnel, bloquait vos aspirations ?

Moi ça m’est arrivé en 2014 lors d’une discussion à huit clos au Parlement des Jeunes, l’on m’a refusé la parole pour la donner à un type plus âgé que moi sous prétexte que « lorsque la tête est là, le genou ne porte pas le chapeau. »

Le respect des aînés, c’est bien, c’est magnifique, moi-même j’adore le fait de savoir que dans ma tradition naître avant l’autre nous confère un certain pouvoir puisque je suis le premier né de mes parents, l’aîné de la famille donc le chef.

Mais ce jour-là il n’était pas question d’âge, ni de famille, il était question d’idées et sans manquer de respect à cet aîné, j’avais de meilleures idées que lui, d’ailleurs tout ce qu’il a dit pendant que j’étais silencieux à confirmer cela.

Si seulement on s’était contenté ce jour-là de me faire parler en dernière position ça ne m’aurait pas dérangé mais on m’a carrément refusé la parole. Je n’ai eu aucune occasion d’exprimer mes idées, elles sont restées avec moi et elles sont mortes avec moi car la frustration, la colère de ne pas être entendu à tuer ma volonté, mon désir de participer.

Les traditions ne sont ni bonnes ni mauvaises, elles sont encore moins immuables, elles s’accordent au désir et aspirations des humains en fonction des époques et des circonstances, ce n’est pas aux humains de s’accorder à elle.

La tradition ce n’est pas le climat ou la végétation pour dire qu’on ne peut rien faire lorsqu’elle est en inadéquation avec les individus ou lorsque les individus sont en inadéquation avec elle. C’est à elle de s’adapter, pas à nous.

Ce que j’ai décrit à propos du droit d’aînesse traditionnel africain qui empêche l’émergence d’une gouvernance par la jeunesse, nombreux l’ont déjà vécu et s’insurgent contre cela quotidiennement mais il suffit de parler des droits des femmes pour qu’ils se souviennent que la tradition a une importance capitale et ne doit pas être changé au risque de se perdre !

L’instrumentalisation de la tradition, d’ailleurs pourquoi l’appeler tradition ? Disons simplement normes sociales car c’est ce qu’elles sont : des normes sociales.

L’instrumentalisation des normes sociales pour justifier et perpétuer des systèmes de domination et de déshumanisation, ne passera pas. Chaque être humain mérite de part sa simple condition humaine tous les droits et devoirs inhérents à cette condition.

Il n’y a pas à restreindre les droits des gens sous prétexte qu’ils sont différents. Je pense notamment aux albinos dans certaines régions d’Afrique, aux handicapés moteurs, aux malvoyants, malentendants, aux pygmées et j’en passe qui sont privés des droits les plus élémentaires à cause de leurs différences.

La tradition ne peut pas être le fer de lance de l’injustice, elle est le socle de la justice c’est pourquoi elle doit s’adapter pour demeurer juste. Il ne sert à rien de continuer une coutume uniquement parce qu’elle existe depuis longtemps, parce que nos ancêtres faisaient la même chose, si cette coutume n’a plus d’utilité aujourd’hui que ce soit pratique et même symbolique.

Rien que de 2010 à 2020 nos sociétés ont changé et nous avons acquis de nouvelles habitudes qui ne sont rien d’autres que des coutumes et des traditions, aujourd’hui nous ne les considérons pas comme tel mais elles le seront bientôt et je viens du future pour vous l’annoncer lol.

Plus sérieusement, je suis un progressiste libéral, je l’assume et je comprends ceux qui sont conservateurs après tout que nous restera-t-il de nos prédécesseurs si on remplace tout par souci de progresser ? Je pourrais répondre qu’il nous restera notre ADN mais c’est peut-être insuffisant alors je vais répondre qu’il nous restera au mieux leur expériences que nous pourrons observer/exploiter en continu dans les musées et au pire rien.

En ce qui me concerne, ça ne me dérange pas mais ceux qui sont dérangés par la peur de perdre leurs coutumes devraient faire l’effort de la remise en question afin de mettre fin aux pratiques qui asservissent leurs semblables, afin d’œuvrer au bienêtre de tous.

Aucun humain n’est libre si d’autres souffrent.

Gloire Wanief, 14/08/2020

Je n’ai pas trouvé un titre adéquat mais lisez ça.

En 2020 j’ai créé une page Facebook, aujourd’hui je suis à plus de 1 000 abonnés et malgré les remarques pertinentes voir insistantes de ma copine au sujet de la nécessité d’être plus actif sur cette page, je n’y vais pratiquement jamais.

J’ai beaucoup de mal avec cette page Facebook, chaque fois que j’y vais j’ai l’impression que je dois devenir une autre personne, j’ai l’impression que je dois modifier ma façon de communiquer, afin d’être professionnel, d’être pris au sérieux.

Être pris au sérieux !

C’est certainement mon plus gros complexe, le syndrome de l’imposteur, mon problème majeur.

Chez moi ce syndrome est certainement multiplié par 10 car lorsque je cherche dans tous les domaines où j’exerce, je ne vois aucune option, aucun argument de légitimité.

Le féminisme ? Je ne suis même pas une femme pour commencer et pour la suite, n’en parlons même pas.

La littérature ? J’étais nul en français durant tout mon cursus primaire jusqu’au secondaire et j’ai lu mon premier roman en Terminale.

L’entrepreneuriat ? La seule entreprise que j’ai lancé a fait faillite avant même de commencer à sérieusement fonctionner.

J’ai obtenu mon baccalauréat en 2014 et 7 ans plus tard, je n’ai toujours pas de diplôme universitaire donc je ne peux même pas prétendre être un technicien en bâtiment ou un aspirant architecte…

Sur mon profil personnel, je me sens à l’aise de poster chaque jour, à chaque heure parce que c’est amusant, je m’y suis comme dans ma tête et je m’en fous d’y être jugé sur mes compétences ou autre mais ici c’est différent et cela me tourmente.

Je suis tourmenté par l’avenir, par ce que je suis censé devenir.

Dans cette société compétitive, où il faut se comparer à l’autre ou à soi-même, surpasser l’autre ou soi-même…

Difficile de réellement prendre la température de son âme, les ports sont bouchés par l’enculade capitaliste.

Mais ce serait totalement faux de tout mettre sur le dos du capitalisme.

En réalité, peut-être que je me sens illégitime parce que lorsque j’éteins mon téléphone portable je ne passe pas mes journées à lire ou écrire ou encore à aider des femmes victimes de viol. Non, je glande devant Netflix ou Prime Vidéo.

Certainement je me sens illégitime parce que chaque centime que je gagne avec mes livres fini dans je-ne-sais-quoi car j’ai un gros problème pour gérer mes finances, c’est une vraie torture et comme avec la masturbation et le porno, je ne fais rien pour arrêter !

Gars, je te dis que ma vie commence lorsque j’allume le téléphone souvent je me demande si je serai toujours activiste et romancier le jour où ils fermeront définitivement internet !

C’est tragique.

Mes vices, mes démons…

Loin du glamour et des speeches de motivation pour pousser chacun à se développer personnellement, ce rêve surréaliste vendu à des individus mal dans leur peau en quête de renouveau, de changement mais rarement engagé à changer.

Je suis l’un d’eux.

Il y a 5 ans, j’étais mal dans ma peau, je ne croyais même plus en l’existence de Dieu, j’avais besoin d’une béquille suffisamment solide pour me porter. C’était plus simple de prendre une béquille plutôt que d’essayer de réparer mon cœur fracturée.

J’ai abandonné mes études, deux fois, sous prétexte que ça ne m’intéressait plus ou que les cours n’étaient pas au niveau alors qu’en réalité le problème c’est que j’ai peur de grandir et d’assumer les responsabilités qui s’attachent à cette fonction.

Oui, finir mes études et devenir autonome c’est quelque chose que j’aurai dû faire il y a deux ans mais niet.

Que ce soit à l’école où dans mes autres projets, chaque fois que l’objectif est prêt d’être atteint, chaque fois que les étoiles s’alignent devant moi, je recule.

Normalement il y a 2 ans, mon entreprise, Embhistore devait me rendre autonome mais je me suis cassé la figuration exprès.

Mon livre Kédibonaire Ou Rien pouvait dès l’année passée me permettre de subvenir à mes besoins mais rien n’y fait, j’ai reculé.

En plus tel un drogué, ce texte c’est juste un petit moment de lucidité, vient je vais retomber dans les mêmes travers, recommencer éternellement ce cercle vicieux destructeur.

Je suis certainement l’un des meilleurs auto-saboteur, on devrait me payer pour ça.

Je refuse de travailler en entreprise parce que je n’ai pas l’humilité d’accepter de suivre la vision d’une autre personne …

Je fais tout pour ne pas évoluer malgré tout mon potentiel.

Sincèrement si dans 20 ans, je finis sous un pont avec un cancer des poumons et un milliard de dettes sur la tête, nul besoin d’accuser les sorciers ou l’État qui n’aide pas les artistes.

Non, non, revenez lire cet article.

J’écris ceci parce que désormais je m’en fous de me promettre à moi-même de changer alors que je ne veux pas, j’en ai marre de culpabiliser pour tout ça.

Je ne veux pas être une personne normale avec une vie normale, je veux ma petite vie atypique et advienne que pourra.

Irresponsable, me direz-vous ? Certainement.

Mais sachant que si je n’avais pas des frères et des sœurs, si je n’était pas fils aîné, je n’aurai même pas créé un compte Facebook encore essayer de chercher l’argent ou autre.

Ma motivation c’est eux, ils et elles sont ma force, mon moteur et je suis prêt à tout pour eux et elles.

Sauf peut-être aller contre ma nature profonde… Et c’est là que coince, ma nature profonde paresseuse est en conflit avec mon besoin insatiable de tracer un chemin radieux pour ma famille et jusqu’à présent c’est ma nature qui l’emporte.

Ce texte n’est absolument pas un appel au secours ou une demande d’assistance.

C’est une vomissure sur tapis doré.

En vrai, je suis au bord du gouffre, laissez-moi tomber car pour changer il faudrait que je souffre.

J’en ai fini.

Je bande donc je suis.

Le 02 Juin 2021, j’ai eu 25 ans et je me rends compte que ça fait 25 ans que je vis avec un pénis ! Je pense sincèrement que c’est un exploit, oui je suis sérieux, c’est un exploit parce que j’ai vécu plus de la moitié de ma vie sans comprendre cette partie de mon corps tout en étant défini par elle. Etonnant n’est-ce pas ?

En effet en tant qu’homme, mon appareil génital n’est pas juste un organe mais aussi un élément justificatif de ma place dans la société, j’ai très tôt compris qu’avoir cette merveille entre les jambes me donnait des droits et des devoirs auxquels je ne pouvais échapper cependant j’ai longtemps ignoré tout ce qu’il fallait savoir sur cette partie de mon corps, je pense que je me suis posé beaucoup plus de questions sur Dieu que sur mon pénis pas parce que Dieu est plus important (ce qui aurait été normal) mais parce que contrairement à Dieu, je prenais pour acquis, pour vrai, tout ce que les autres me disaient sur l’appareil génital masculin. Etonnant n’est-ce pas ?

J’ai compris que la présence du pénis entre mes jambes me donnait des droits et des devoirs lorsqu’en 2003, j’assistais de façon proche et lointaine (difficile à expliquer, ça mérite tout un article) à une cérémonie de circoncision des Bakouélés, un peuple de la Sangha au Congo Brazzaville, dans la ville de Ouesso.

Chez eux cette cérémonie s’appelle béka et se pratique sur les garçons à la puberté, il ne s’agissait pas simplement d’ôter le prépuce, il s’agissait d’apprendre à être un homme, pendant plusieurs jours les futurs circoncis suivaient une initiation longues et douloureuses (de ce que je voyais) dans les bois en périphérie de la ville, le fils de nos voisins étaient l’un des futurs circoncis, il avait 12 ou 13 ans.

J’étais un enfant mais je comprenais très bien les enjeux de cette pratique, l’atmosphère dans la ville était tellement pesante que nul ne pouvait faire semblant d’ignorer ou de ne pas comprendre ce qui se passait, ce qui se jouait.

A la fin de l’initiation, la circoncision en elle-même se faisait au milieu d’un grand espace qui servait de lieu de célébration et de terrain de football, tout le monde était convié à assister à l’événement. Les futurs circoncis avaient obligation de ne montrer aucun signe d’inconfort par rapport à la douleur, celui qui allait en montrer verrait sa circoncision considéré comme nulle et sera mis en marge de la société. Les vaillants qui allaient garder la tête haute, auraient droit de se marier et vivre pleinement dans la société en bénéficiant des privilèges dus aux hommes.

Quelques années plus tard, j’ai retrouvé cette même cérémonie à quelques différences très significatives dans la première partie de la série Racines (Roots), lorsque Kunta Kinté a été lui aussi être circoncis. Ces expériences m’ont fait comprendre ce qu’est la virilité dans le sens le plus basique du terme.

La virilité voit sa définition, sa compréhension, évolué dans le temps et dans l’espace mais une chose demeure constante c’est l’érection. En vrai la virilité commence par une érection, un homme viril c’est un homme capable d’avoir une érection. Peu importe son physique, son intelligence, son intégrité, un homme peut manquer de toutes les caractéristiques sociales qui définissent selon une société X ce qu’est la virilité, tant qu’il bande, tout va bien.

Alors le premier défi en tant qu’homme, ce n’est pas d’être courageux, honorable etc, non le premier défi s’est d’être capable de bander.

C’est pourquoi dans certaines traditions africaines, il y a une pratique qui consiste à sucer ou caresser le pénis du nourrisson afin de s’assurer de lui donner de la vigueur, afin de constater qu’il est vigoureux. (Coucou à ceux qui ont découvert cette pratique en Mai 2021 sur Twitter ou Facebook.)

Perso, j’ai très vite vérifié tout seul si j’étais capable de bander et le test a été positif mais je ne savais pas que j’étais encore au début de l’effort.

Bander c’est bien mais ce n’est pas tout car la virilité c’est aussi la puissance, notamment la puissance sexuelle. Il ne suffit pas de bander, il faut être performant au cours des rapports sexuels et c’est là qu’intervient la question de la taille de l’engin.

D’ailleurs…

« Est-ce que la taille compte ? »

Je n’ai aucune statistique mais je suis sûr que la réponse à cette question inquiète plus les hommes que celle de savoir s’ils seront de bons époux et pères, ou de savoir si Dieu existe, bon je vais parler uniquement pour moi.

Je ne sais plus à quand remonte mon complexe, ma honte, par rapport à la taille de mon pénis mais à cette question particulière j’ai toujours pensé que « oui, la taille compte » et que « non, mon pénis n’a pas la taille qu’il faut. »

Ce complexe s’est cristallisé en 4ème lorsqu’un ami a fièrement sorti son pénis devant moi pour se masturber, j’ai été marqué par cet événement, son pénis était exactement comme ce que me laissaient penser les gens qui faisaient les éloges des gros pénis, bien grand, bien long, bien dur et tout noir ! Sans oublier les longues veines apparentes sur le tronc du machin, jééééésus !

Son pénis était devenu tel un objectif inatteignable, sans être en érection il faisait déjà quatre fois la taille du mien, c’était une révélation. Avant cet événement je m’intéressais aux différentes astuces pour avoir un grand pénis, je ne les utilisais pas parce que je n’avais pas suffisamment de courage pour aller au bout de la démarche mais je m’informais beaucoup sur le sujet. Sauf qu’en voyant son pénis, j’ai compris que c’était un objectif inutile, que je n’avais pas à chercher à en avoir une grosse, que c’était impossible, que je devais me contenter de celui que j’avais au risque de décevoir les femmes.

Rappelons qu’avant la quatrième, j’avais déjà eu des rapports sexuels mais c’était toujours dans des situations incongrues flirtant avec l’abus sexuel sur ma personne, je n’avais jamais encore fait la démarche de séduire une femme pour construire une relation ou juste avoir une partie de jambe en l’air.

Dans mes relations sexuelles qui suivirent, je refusais de me tenir nu devant une femme tant que je n’étais pas en érection et même lorsque j’étais en érection, je ne laissais pas la fille regarder mon engin ou le toucher. J’avais honte de mon corps, de ma nudité, de moi. Aussi, je ne m’inquiétais pas de mes performances parce que j’avais déjà intégré que je n’étais pas performant.

Voilà, il était inutile de compter sur moi !

Toutefois au grès des rencontres et de la réciprocité des sentiments, pas forcément amoureux, juste le feeling émotionnel avant-pendant-et-après l’acte m’a fait me rendre compte qu’il fallait quand-même un minimum de participation à cette entreprise pour le plaisir de l’autre, de nous deux, puisque moi-même à vrai dire ne prenais aucun plaisir.

Même ma fidèle amie, la masturbation, ne pouvait pas m’apporter le seizième du quart de ce que je voulais ressentir, je n’étais pas frustré sexuellement, j’étais résigné à ne pas faire-espérer-obtenir plus.

Considérant mon pénis comme incapable de m’apporter le meilleur de moi-même, je me suis alors tourné vers des méthodes un peu plus participatives, j’ai commencé à me construire une sexualité nonphallocentrée.

La sexualité phallocentrée est celle qui débute par une pénétration et se termine par une éjaculation, c’est le coït. Cette sexualité tournant autour des capacités physiques masculines, des compétences masculines, n’est absolument pas pour moi. Cette sexualité qui veut que l’homme ait un pénis large, soit endurant et bien d’autres attributs lui permettant de faire la démonstration de sa virilité, ne me convenait pas.

Je me suis tourné vers une sexualité centrée sur le ressenti de chaque partenaire, celle du sensationnelle. En fait ma sexualité c’est celle qu’on appelle communément préliminaire mais les vielles habitudes ayant la peau dure, j’avais du mal à pleinement vivre cette forme de sexualité car les femmes que je rencontrais étaient toutes dans la logique du coït…

Avant même le coronavirus, j’ai eu plus de rapports sexuels au téléphone qu’en présentiel et ça a été magique à chaque fois !

Au-delà de la sexualité, ma relation avec mon pénis m’a aussi conduit vers un questionnement des rôles sociaux puisque c’est à cause ou grâce de/à lui que pèse sur moi le poids d’une masculinité dans un système patriarcal, une masculinité de domination.

Et nous aurons pleinement le temps de converser à ce propos dans d’autres articles certainement.

Alors on fait le bilan !

Malgré toutes mes interrogations, toutes mes remises en question, je demeure à ce jour mal informé, sous informé sur cet outil qu’est le pénis.

J’ignore encore l’ensemble des maladies dont pourraient souffrir cette partie de mon corps sachant qu’au primaire j’ai eu une chaude pisse, c’est assez inquiétant que je ne sois jamais allé voir un urologue, d’ailleurs combien d’hommes sont déjà allés en voir un, combien savent ce qu’est un urologue et j’irai même plus loin est-ce que réellement il y a des gens qui sont diplômés dans ce domaine ?

Je m’intéresse beaucoup au genre de père que je veux être mais je ne sais même pas si je suis capable de procréer, après tout l’appareil génital sert d’abord à générer des bébés et tout comme l’on prend pour acquis sa capacité à performer pendant un rapport sexuel car penser le contraire suppose ne pas croire en sa propre virilité, l’homme prend aussi pour acquis sa capacité à procréer, c’est pourquoi lorsqu’après un mariage les grossesses et naissances ne s’enchaînent pas, les accusations se déchaînent sur les épouses…

Je continue de m’interroger sur mon corps et d’améliorer mes rapports conflictuelles avec cette partie importante de mon corps, aussi importante que toutes les autres. Ce cheminement, je pense devrait être fait concernant toutes les parties de nos corps et j’espère pouvoir aller au bout de cette démarche.

Aujourd’hui, après 25 ans de vie avec mon pénis, j’ai appris qu’il était un pénis de sang, j’ai appris à le nettoyer convenablement, j’ai appris à le traiter avec délicatesse, j’ai appris à ne pas le considérer un outil de création, j’ai appris à l’aimer et le chérir dans les limites de ce dont il est capable et disposé à m’offrir, j’ai appris qu’il existe des méthodes contraceptives pour homme et je suis prêt à les essayer.

Aujourd’hui je n’ai plus aucun complexe par rapport à mon pénis, par rapport à mon corps, je me suis même déjà surpris à envoyer des nudes de moi sans érection, j’aime être regardé, j’aime que l’autre admire mon corps svelte, dans toute sa maigreur, qu’elle pose ses yeux sur ma banane et qu’elle décide s’il est à son goût ou pas.

Je me sens tellement libre.

Chacun vit sa sexualité comme il veut mais je voudrais inviter tous les mecs qui se sentent mal de ne pas être sexuellement à la hauteur à se déculpabiliser, n’oubliez pas qu’aucun d’entre n’est né avec la capacité de savoir bien faire l’amour, nous sommes tous des apprentis et même lorsqu’on a des années de pratique derrière soi, chaque rapport sexuel est une nouvelle expérience, une découverte, un apprentissage alors ayez à l’esprit que vous y allez pour apprendre et vous amusez.

Que la trique soit avec vous !


P.S : En 2010, Paul MEKANN BOUV-HEZ a écrit un livre sur son expérience de la circoncision, je n’ai pas lu le livre mais je vous le recommande quand même. Le livre s’intitule « La circoncision chez les bakouélés du Congo Brazzaville » (D’ailleurs c’est grâce au titre que j’ai su le nom de l’ethnie sinon en vrai je ne savais pas, je pensais que c’était des Mboshis lol.)

P.S.S : En parlant de sexe, j’ai écrit 3 livres érotiques que je vous invite à commander ici.

Je suis un homme brisé

(Article publié par moi sur Facebook le 25 Juin 2019)

Mon premier roman, publié le 06 Novembre 2017, parle du viol et tous mes autres écrits traitent d’une certaine façon de la sexualité

Depuis un certain temps, je prends énormément position pour les droits des femmes et contre les violences faites à celles-ci

Je prends de plus en plus conscience de moi-même et de ma place dans ce monde

Cependant je souffre intérieurement d’un mal tellement profond que j’ai parfois l’habitude de croire que c’est le fruit de mon imagination

J’ai décidé de me laisser aller et d’extérioriser ma douleur, peut-être qu’elle deviendra plus réelle et moins pesante

L’année dernière, j’ai revu une amie avec qui j’ai fait la 6ème et la 5ème, nous avons discuté de plein de choses et surtout de nos souvenirs d’école

Elle m’a raconté comment un jour, j’ai soulevé sa jupe au milieu de la cours devant tous les autres gens de la classe, elle m’a dit à quel point elle s’est sentie humilié ce jour-là et je n’ai pas trouvé les mots pour lui demander de m’excuser

Voilà le genre de personnes que j’étais ou que je suis, je ne sais pas

Je me donnais le droit de toucher les filles à l’école comme bon me semblait, il n’y a pas une seule belle fille avec qui j’ai été à l’école que je n’ai pas touché même sans qu’elle s’en rende compte

Pour pousser le vice plus loin, lorsque j’étais en 5ème, une collègue de classe avait pour habitude de venir regarder la série Marina chez moi, un jour je lui ai tendu un guet-apens

Après avoir regardé la série, je l’ai invité dans ma chambre, elle a refusé, j’ai quand-même pu la convaincre de me suivre mais une fois devant la porte elle refusa d’entrée alors je l’ai embrassé et poser sur le sol du couloir et j’ai tenté de la déshabiller, elle me repoussa de toutes ses forces et réussi à quitter la maison

Le lendemain à l’école, j’avais honte et peur que les autres l’apprennent mais elle ne dit absolument rien

J’en ai moi-même parlé à des amis et ils se sont moqués de moi, ils me dirent que je n’étais pas un homme, que c’était anormal que je laisse une fille arrivée jusqu’à la porte de ma chambre sans qu’il ne se passe quelque chose

Au fond de moi, j’avais honte de mon comportement, j’avais honte de ne pas être un vrai homme et j’ai eu plusieurs fois l’occasion de prouver que j’en étais pas un

De nombreuses fois, je me suis retrouvé nez à nez entre quatre murs avec une femme et je n’ai pas couché avec elle. Ce n’est pas un exploit, mais le fait est qu’à chaque fois l’on me disait ne pas être un homme, un vrai, avant ça me faisait mal jusqu’à ce que je décide de considérer que c’était mal

J’ai eu beaucoup d’expériences sexuelles, j’ai connu très tôt ce qu’est et comment se passe un rapport sexuel

Officiellement, j’ai perdu ma virginité à 11 ans, mais officieusement ça s’est passé beaucoup plus tôt, très tôt, trop tôt

Et j’en étais fier, j’étais fier lorsqu’au collège on parlait de sexe et moi j’étais le seul à ne pas être puceau, c’était le pied

Mon premier rapport sexuel, si on peut appeler ça ainsi, je l’ai eu avant mon sixième anniversaire

Mes souvenirs sont flous concernant ce moment, tellement flou que parfois je me dis que c’est une histoire que j’ai inventé, le fruit de mon imagination débordante

J’étais à la maternelle, c’était à Pointe-Noire, je ne sais plus qui était la fille mais elle était beaucoup plus âgé que moi, certainement une adolescente déjà, et nous sommes de la même famille ou du moins c’est une amie à la famille, je pense, je ne sais plus

Je ne sais plus comment ou combien de fois mais cette fille m’avait dit que c’était un jeu, elle jouait avec mon zizi et moi avec sa zézétte

Ai-je eu mal ? Non. Étais-je consentent ? Je ne sais pas mais j’étais trop jeune pour savoir quoi que ce soit

J’en ai parlé à personne, j’ai préféré oublier et enterrer, c’est seulement en grandissant, en reparlant de sexe avec les autres que j’ai compris que j’avais déjà pratiqué la chose et cela me revenait peu à peu en mémoire

Suis-je une victime ? Suis-je un bourreau ? Devrais-je en parler ? Devrais-je me taire ?

Après lecture de ceci, vous ne me verrez certainement plus de la même façon, d’ailleurs après avoir écrit et publié ceci, je ne me vois plus de la même façon

J’écris ces choses personnelles, privées, tout en sachant que je suis ami sur Facebook avec des membres de ma famille ainsi que des ami.e.s qui n’ont jamais entendu ces histoires surtout mon père et ma mère

Néanmoins j’écris et publie ces choses parce que j’avais besoin de parler, ensuite parce que les crimes sexuels sont dévastateurs mais sont terriblement banaliser

Le tabou derrière le sexe ne rend service à personne à part aux Prédateurs et Prédatrices Sexuel.le.s

Il faut que la parole se libère, il faut que l’on sensibilise sur la sexualité et ses abus

Il faut que l’on cesse de stigmatiser les victimes, de les bâillonner, il faut que l’on cesse de protéger les coupables

Il faut que disparaisse la masculinité toxique, cette masculinité qui vise à entretenir et encourager les vices de l’homme, surtout à priver ce dernier de son humanité

L’homme ne pleure pas, l’homme est fort, l’homme est fier, l’homme est puissant, l’homme est protecteur, l’homme l’homme l’homme

Et pendant ce temps l’homme est violé mais ne peut rien dire, l’homme est battu mais ne peut rien dire, l’homme est dépressif mais ne peut rien dire, l’homme est à genou, écroué mais ne peut rien dire

En pensant faire preuve de puissances, l’homme brutalise et viole, la configuration des choses le lui permet, il est autorisé à agir ainsi

Des vies sont détruites, la mienne aurait pu l’être, ce poison qui est en moi et contre lequel je n’ai jamais vraiment lutté aurait pu faire de moi un monstrueux personnage

Je tente tant bien que mal de me sortir la tête de l’eau et participer à la création d’une société où cette ignominie ne me serait jamais arrivé, une société où je ne m’en sentirai pas à l’aise de soulever les jupes des filles ou d’essayer contre leur gré de coucher avec elles

Je vais terminer mon propos par un mea-culpa

JE M’EXCUSE PROFONDÉMENT AUPRÈS DE TOUTES LES PERSONNES QUE J’AI BLESSÉ PAR MON COMPORTEMENT, RIEN N’EXCUSE, RIEN NE JUSTIFIE, RIEN NE M’AUTORISAIT À AGIR DE LA SORTE, J’EN SUIS ENCORE UNE FOIS DÉSOLÉ

LES MOTS NE SERONT JAMAIS SUFFISANT POUR EXPRIMER TOUTE MA PEINE, JE NE PENSE PAS MÉRITER LE PARDON OU LA PITIÉ.

JE DÉDIE MA VIE À LA RÉPARATION DE MES TORTS

PLUS JAMAIS ÇA !