Mourir comme Tsonga. (6/31)

Mes parents travaillaient dans la pâtisserie de la famille Des Noix, nous étions leur boy. Je n’avais ni frère ni sœur. Deux autres familles y travaillaient, la famille du vieux Lossa (ses deux femmes et ses quatre enfants) et celle de Ya Mado (veuve avec trois enfants). Monsieur Des Noix était marié et avait deux enfants. Ce jour-là, Violette, la fille de monsieur Des Noix, fêtait ses dix-huit ans. Madame Des Noix organisa une très grande fête, tous les Blancs de la ville furent conviés. Les Noirs passèrent la journée à tout préparer. Ma mère fit le gâteau le plus énorme que j’ai eu la chance de voir. Tous les invités le trouvèrent délicieux mais ma mère n’a jamais su quel goût avait ce gâteau ni aucun autre repas qu’elle servait aux Blancs car nous n’avions pas le droit de goûter ce que les Blancs devaient manger. Plus d’une fois j’ai eu envie de les empoisonner mais une autre famille de Blanc nous prendrait et nous maltraiterait. La famille Des Noix était la plus sympathique de la ville – il fallait le reconnaître.

A minuit, la fête avait pris fin. Une heure plus tard la maison était propre et silencieuse, nos maîtres nous permirent d’aller nous coucher. Je finissais de tout ranger puis je me glissais sur ma natte.

  • Hé ! Tsonga, chuchota N’kélé la fille du vieux Lossa, Mademoiselle Des Noix te demande dans sa chambre tout de suite.
  • Bah, moi elle me les brise des noix, murmurais-je.
  • Que dis-tu ?
  • Rien, j’y vais.

 Violette et moi étions de bons amis. C’était grâce à elle que mes parents se retrouvaient là-bas. Avant ils étaient boys à la ferme Duval où les animaux étaient mieux traités que les Noirs. Tous les noirs qui y travaillaient rêvaient de quitter cet endroit. Agée d’environ deux ans, Violette et ses parents y passèrent les vacances car le vieux monsieur Duval était son grand-père. Elle fut mordue par un serpent, aucun médecin ne réussit à fabriquer un sérum pour elle. Pendant qu’elle agonisait ma mère se proposa de la guérir, les Blancs se moquèrent d’elle, madame Des Noix accepta de lui donner sa chance, elle lui tint exactement ce langage « Sauver ma fille et devenez ma bonne ou mourrez avec elle ». La suite est évidente.

Je frappais doucement à sa porte, j’hésitais un moment avant de frapper à nouveau, la porte s’ouvrit devant moi. La lumière de la lune éclairait la chambre, je distinguais parfaitement tous les éléments se trouvant dans cette chambre. J’y étais venu plus d’une fois mais ce soir-là je me sentais étranger dans cette pièce beaucoup plus grande que notre salon. Toute la chambre était rose – sa couleur préférée était le bleu et elle s’appelait Violette, beaucoup trop de couleur à mon goût. Son lit était grand et se trouvait au fond de la pièce, les emballages des cadeaux qu’elle avait reçus encombraient le sol – elle m’avait certainement appelé pour le nettoyage – j’entendais le grincement de la porte qui se refermait derrière moi. J’étais angoissé, que me voulait-elle ? Elle me faisait toujours faire des trucs dangereux – en réalité pas dangereux juste qu’un Noir ne devait pas les faire avec une Blanche. Je ne comptais pas le nombre de fois que son frère et son père m’ont battu à cause de ses coups tordus – j’aimais faire toutes ces bêtises peu importe les retombés. Et je me demandais quelle chose grave me demanderait-elle de faire pour elle cette fois ci, je brûlais d’impatience. 

  • Bonsoir Wilfried, disait-elle d’une voix tremblante.

Wilfried est le nom que les Blancs me donnaient. Je fronçais les sourcils en guise de protestation, je lui interdisais de m’appeler par ce nom qui me faisait perdre ma personnalité. Elle reprit encore plus calmement.

  • Tsonga, je suis ravie de te voir ce soir. Tu m’as beaucoup manqué.
  • Bonsoir Violette, répondais-je d’un air suffisant. Sache que ne pas te voir m’a fait le même effet que maintenant c’est-à-dire aucun.
  • Pourquoi es-tu toujours si dur avec moi Wil… Tsonga ?

Elle prit son visage entre ses mains.

  • Parce que c’est comme ça, et surtout ne pleure pas. Tout d’abord joyeux anniversaire ensuite pourquoi suis-je là ?
  • Merci c’est très gentil, en le disant elle releva la tête et me sourit, se mit à sursauter sur place et continua sa phrase. J’ai maintenant dix-huit ans et mon fiancé, John Brown, qui en a vingt-cinq veut qu’on se marie dès la semaine prochaine.
  • Bon débarras, tu ne m’apportes que des ennuis. Stop, arrête de pleurer, tu vas m’énerver Violette. Je croyais qu’on pouvait rigoler, après tout j’y peux rien moi, tu es Blanche c’est lui ton homme pas moi.
  • Je sais que toi et moi ça n’arrivera jamais, dès demain je me mettrai dans les préparatifs de mon mariage avec cet homme. Je suis vierge Tsonga.
  • Et alors tout le monde le sait ce n’est pas une nouveauté.
  • Je dois donner ma virginité à mon époux qui est censé être l’homme que j’aime. 

Elle me regardait intensément, sortait de la pénombre dans laquelle elle était et je la voyais. Elle avait lâché ses cheveux en arrière, ils étaient longs et noirs, ils retombaient sur ces épaules minces, elle portait une petite robe de chambre en soie blanche avec de la dentelle au niveau de la poitrine, ses tout petits seins se faisaient à peine remarquer.

  • Je veux donner ma virginité à l’homme que j’aime. Tsonga, tu es l’homme que j’aime.

A ces mots, ses tétons devinrent visibles, ils pointaient vers moi comme pour me dissuader de faire autres choses que ce qu’elle désir. Que désirait-elle ?

  • Je pense que… 

Elle se courrait vers moi et plaçait ses doigts sur ma bouche pour me faire taire.

  • Ne dis rien, chaque fois que tu parles c’est pour me faire mal au cœur, ce soir je veux que tu me fasses mal un peu plus bas. 

Ses lèvres s’entrouvrirent, elle souffla sur moi comme pour m’envouter. Alors c’était donc ça la sorcellerie blanche.

  • Je ne l’ai ja… 

Elle enfonça ses doigt dans ma bouche, je reconnu la fraise que mère avait mise dans le gâteau, j’étais le seul noir à connaitre le goût de ce fichu gâteau – encore une loi qu’elle venait de me faire enfreindre. 

  • Tais-toi et baise-moi. 

  Je finis de sucer ses doigts puis je les retirais de ma bouche.

Elle commençait à se caresser, je n’ai jamais vu une personne le faire mais je savais qu’elle s’y prenait mal parce que ça ne me faisait pas l’effet voulu – ou peut-être que ça ne marchait que sur les Blancs.

Ses doigts glissèrent le long de ses côtes, elle se caressait les cuisses pour moi, elle remontait sa robe laissant paraitre sa petite culote en dentelle blanche – Ce jour le blanc devint ma couleur préférée – avec sa main gauche, elle frottait sa petite culote juste devant son minou – ce qui me faisait miauler de plaisir. Elle se frottait le minou à travers le tissu de haut en bas à un rythme régulier, lorsqu’elle remarqua que cela me faisait de l’effet, elle sortit son sein droit avec sa main libre. Il était pâle, mais au contact de ses doigts il prenait vit et durcissait, son téton devint pratiquement sanglant tellement il rougissait et pointait vers moi. Instinctivement, je me dis que je ne pouvais pas rester à ne rien faire, je me levais, prenais son sein dans ma main, il eut l’air encore plus minuscule qu’avant mais je m’en foutais.

  • Prends-le dans ta bouche Tsonga, prends-le.

Je le pris dans ma bouche, il avait un goût exquis, je ne pouvais le comparer avec aucun des aliments que j’avais consommé jusque-là. Je le suçais de la même façon que je suçais mon pouce ou une mangue. Elle introduisait ses doigts dans ma chair, retirait la chemise que je portais, en gardant son sein dans ma bouche, je la soulevais et la mettais dans le lit.

  • Déchire ma culote Tsonga, déchire-la.

Je prenais sa culote dans ma main et avant qu’elle n’eut le temps de souffler, je la dechirais sur elle avec une telle violence que même moi ne me connaissais pas. Je posais ma main sur son minou, il était mouillé, on aurait dit qu’on lui avait versé de l’eau mais le liquide était trop gluant pour être de l’eau.

A ce moment je comprenais que j’allais prendre la virginité de Violette et elle la mienne. Mère m’avait dit d’attendre le mariage, elle serait furieuse contre moi et je n’aime pas désobéir à ma mère. De toute ma vie, c’est la chose sur laquelle elle avait beaucoup insisté. Je me sentais la trahir et j’en avais honte mais cette sensation était moindre comparée au pouvoir que je ressentais, je sentais que j’avais un grand pouvoir sur cette fille blanche, qu’elle était à ma merci, que j’en ferais ce que je voudrais. Nous étions dans la maison des maîtres et il paraissait que les Blancs regardaient leurs enfants dormir, je voulais être surpris en train d’arracher l’innocence de cette petite naïve. Violette ne se rendait pas compte à quel point je détestais sa famille, son frère, toutes les personnes de sa couleur pour les même raisons qu’ils nous traitaient comme des chiens. Mon visage se resserra et je pris les choses en main.

  • Retire cette robe, et appelle-moi maître. Compris ?! Lui ordonnais-je
  • Oui, maître. Chuchotait-elle au creux de mon oreille qu’elle lécha ensuite.

Une petite touffe de poils recouvrait son pubis, j’introduis légèrement un doigt dans son minou. Elle se crispait sous moi, un gémissement s’échappait de sa bouche, je l’enfonçais à moitié et m’arrêtait ce qui l’avait fait un petit repos qui dura moins longtemps qu’elle ne l’espérait et j’enfonçais profondément mon doigt. Son visage se décomposait totalement, il devenait plus rouge que d’ordinaire.

Je la regardais dans les yeux, elle avait l’air paralyser, ne pouvant dire mot, les seuls sons qui sortaient de sa bouche étaient des onomatopées incompréhensibles. Mon doigt allait et venait en elle, par erreur je frôlais une bosse à l’extérieur de son minou, au milieu de la touffe de poils et son regard changeait ainsi que ses gémissements. Je remarquais qu’elle y prenait beaucoup de plaisir alors je m’acharnais sur cette bosse.

  • J’y suis presque, continue. 
  • Que se passe-t-il ? L’interrogeais-je.
  • Je vais jouir, Tsonga, tu vas me faire jouir sur tes doigts anh.

Avant que je ne dise quoi que ce soit, son vagin se resserrait sur mon doigt, elle s’agrippait, ses ongles s’enfonçaient dans ma chair, je me sentais saigner. Le liquide gluant qui se trouvait dans son vagin se déversa sur moi. Mon phallus était devenu aussi dur que de la pierre.

Violette s’abandonnait sous moi, je la sentais perdre connaissance. 

Quelques claques la firent revenir à moi.

  • Maintenant retire ton pantalon, me chuchotait-elle.

Je me retirais du lit, baissais mon pantalon et le balançais quelque part dans la pièce mi- éclairée. Je revenais dans le lit, prenais sa main et la guidais vers mon attribut. Elle chatouillait mon ventre et mes poils qui étaient aussi nombreux que la forêt amazonienne – c’est ce que le vieux Lossa me disait tout le temps. Elle se saisissait de mon phallus et le lâchait aussitôt.

  • Mon Dieu ! qu’est-ce donc ?
  • Mon pénis.
  • Il est énorme.
  • La seule rumeur vraie que les Blancs colportent sur nous c’est celle sur la taille monstrueuse de nos pénis. Avec ça je peux t’empaler.
  • Je l’espère bien, après ça aucun homme Blanc ne me fera de l’effet et tu seras le seul à m’avoir fait sentir femme.
  • Oh mama, donc tu veux manger le requin avant la sardine ? Qu’il en soit ainsi, écarte grand les jambes.

Elle obéissait avec une grande frayeur dans les yeux, je réintroduisait un doigt dans son vagin, puis un deuxième ainsi de suite avec douceur jusqu’à atteindre la largeur que j’estimais être celle de mon phallus, donc trois doigts.

Je coinçais ses mains au-dessus de sa tête pour ne pas qu’elle se débatte. Et je me glissais en elle sans encombre.

Sa bouche s’ouvrait très grand et aucun son ne s’en échappait, une larme coulait sur sa joue. Je m’enfonçais à moitié en elle et elle ouvrait plus grand sa bouche. Je sortais lentement, une expression de soulagement se dessinait sur son visage. Je continuais ainsi jusqu’à ce qu’elle s’y habitue.

 Notre position ne me plaisait plus, tout en étant en elle, je m’allongeais sur le dos et elle était sur moi. Avec cette nouvelle posture je la pénétrais un peu plus profondément. Elle commençait instinctivement à me chevaucher, ses hanches allait et venait sur moi à un rythme lent puis rapide. Je suivais ses mouvements dans une parfaite harmonie. 

Je devenais hors de contrôle, je voulais aller plus vite et elle aussi, alors je relevais la partie supérieure de mon corps et m’asseyais face à elle. Je me rendais compte qu’à aucun moment je n’avais goûté ses lèvres, je sentais le jour se lever et je savais ce qui se passerait alors je voulais profiter de tout. Je prenais ses lèvres entre les miennes, les suçant légèrement, profondément, elle avait l’air de l’avoir déjà fait, son baisé était doux et brutal. Je me levais en la portant sur moi, ses jambes entouraient mes hanches et je décidais de la prendre comme ça. Son vagin s’ouvrait encore un peu plus. J’allais et venais à l’intérieur d’elle, l’intérieur de son vagin devenait un milieu naturel pour moi, je ne voulais pas le quitter. Une sensation parcourait ma colonne vertébrale et se logeait dans mon pénis, l’envie de l’évacuer se faisait pressante, je me mouvais plus vite en elle. Elle me mordait à l’épaule, et je lui suçais le cou. L’étreignant avec une force surhumaine, c’était si fort que j’avais peur de la casser mais je continuais.

  • Plus fort, je vais jouir, j’y suis presque.
  • Tu aimes ça, sale pute de blanche, je vais te le donner.
  • Oui, fais le Tsonga, baise-moi bien. Je ne veux rien oublier.
  • Alors ouvre les yeux et plonge ton regard dans le mien que je vois à quel point tu es faible et vulnérable quand je te baise.

Elle sortait la tête de mon cou, plongeait ses yeux dans les miens, nous étions tous les deux hypnotisés par cette sensation, cette frustration qui voulait s’en aller. Elle se cambrait sur moi, je m’accrochais à elle et je me mouvais encore plus vite. Je n’attendais que cette lueur dans ses yeux, que ce désir qu’elle avait, disparaisse. Dès que la lueur eut disparu, je m’abandonnai en elle et elle faisait pareil. Je m’écroulais sur le lit, elle sur moi, elle m’embrassait et me remerciait. J’étais vidé de toute énergie qui pouvait m’habiter. Nous étions là, tous deux haletants, sa respiration était plus irrégulière que la mienne. Je ne parvenais pas à dire un seul mot.

  • C’était magique, murmura-t-elle à mon oreille.
  • Humm
  • Tu es si beau, je t’aime.

Sa voix devenait lointaine, les premières lueurs du jour apparaissaient mais nous étions trop fatigués pour nous lever, elle s’endormait la première, je résistais juste assez pour l’entendre ronfler.

Les jours suivants, Violette et moi couchions ensemble à nouveau. Nous faisions l’amour tous les jours jusqu’à son mariage, et dans toutes les positions imaginables. Je voyais son minou grossir à vue d’œil, elle devenait de plus en plus à l’aise avec mon phallus et mes coups de reins violents. Ce qui me répugnait le plus c’est que je sentais aussi son amour pour moi grandir, dans sa tête nous vivions des moments de folles passions, elle se donnait à moi dans le but de me rendre absolument dingue de son corps. Elle voulait que je ne pense qu’à elle quand j’avais envie de sexe, que son vagin soit le seul qui me fasse de l’effet. Je ne la détestais pas mais je ne l’aimais pas non plus. Je ne ressentais rien pour elle. Effectivement, comme elle le désirait, son corps m’envoutait. Chaque fois que je la voyais avec ou sans vêtements, mon esprit devenait troublé, je ne pouvais pas réfléchir, toute mon attention était attirée par ce monde fantastique qu’elle m’avait fait découvrir. Ce monde où l’homme Noir est maître tandis que l’homme Blanc est l’esclave. Je voulais la posséder toute entière rien que pour moi seul, ce n’était pas un sentiment possessif que ressentirais un mari pour sa femme mais plutôt un enfant pour son jouer favoris.

La veille de son mariage, je lui donnais ma bénédiction en la baisant dans le jardin de sa mère. La sensation de puissance, de supériorité que j’avais lorsqu’elle était sous moi, lorsqu’elle me disait que mon pénis lui faisait souffrir c’est ce qui retenait mon attention dans cette expérience avec Violette. 

Elle épousa John  Brown, l’américain, mais son corps me resta dévoué. Elle passait chez ses parents un week-end par mois et chaque fois qu’elle en avait l’occasion. Son pauvre mari ne se doutait de rien, il me parlait – comme à tous les Noirs d’ailleurs – avec arrogance et suffisance. Je ne pouvais pas lui dire que c’était grâce à mon pénis que sa femme était heureuse dans ce mariage. Je devais toujours me rabaisser devant eux car j’étais un Noir. Elle me racontait à quel point son mari était nul au lit, qu’il ne lui faisait aucun effet. Savoir cela renforçait mon ego et mon appétit.

Après mon vingtième anniversaire, monsieur Des Noix pour la première fois et la seule de toute ma vie m’appelait dans son bureau. Une pièce beaucoup plus vaste que la chambre de Violette et presque aussi grande que la salle à manger, il y avait des livres tout le long du mur qui était à ma gauche et des trophées ainsi que des photos sur le mur opposé. Derrière moi, il y’avait un bar et au mur était accroché les têtes d’animaux que monsieur Des Noix avait tué à la chasse – la plus part d’entre eux l’ont été par mon père et le vieux Lossa – je m’étonnais de ne pas voir de têtes de Noirs – encore une preuve que nous étions insignifiants. Il était derrière une large table sur laquelle étaient posés plusieurs objets inutiles selon moi, assis confortablement dans son fauteuil en cuir, monsieur Des Noix, une cigarette à la bouche et un verre de whisky à la main, me scrutait. Il me regardait comme si c’était la première fois pourtant j’avais plusieurs fois reçu ses coups de fouet, je faisais un tour sur moi car je me disais qu’il me reconnaîtrait peut-être de dos. Lorsque mon regard revenait sur lui, il me souriait et me demandait de me déshabiller, ce que je faisais sans broncher tellement j’étais fier de ma protubérance. Il frappa son poing sur la table, roula des yeux et applaudit. Je ne comprenais plus rien. Il se leva, se rapprocha de moi et s’étouffa avec son haleine qui puait le whisky et la cigarette sans oublier cette mauvaise odeur naturelle qui le caractérisait, je ne l’avais jamais senti mais tous les Noirs de la pâtisserie en parlaient – surtout Ya Mado qui était son jouet.

  • Jeune homme, me disait-il en me regardant dans les yeux, il attendait que je les baisse avant d’ajouter. Quel est ton nom ?

Cette question était celle à laquelle j’avais du mal à répondre, quel était mon nom ? Qui étais-je ? J’avais vingt ans, j’étais assez grand pour me marier et avoir des enfants mais je n’avais pas d’identité, j’étais personne même au niveau des esclaves je n’avais pas d’importance. Voyant que la question m’étais posée, car la plupart du temps, les Blans ne demandaient pas l’identité des Noirs, ils imposaient comme par exemple mon père qui s’appelait Henri chez mosnieur Duval mais que monsieur Des Noix rebaptisa Philippe parce qu’il avait déjà un cheval nommé Henri, je décidais de devenir quelqu’un de me forger une destinée, de ne pas être comme les autres nègres qui vivaient dans la plus grande misère, qui acceptaient cette condition que Dieu avait prévu ainsi et attendaient sagement la mort en espérant aller au paradis, car d’après le prêtre Blanc – tous les hommes importants étaient Blancs – Dieu nous créa inferieur aux Blancs et si nous acceptions tous de faire pénitence par esclavage, il nous couvrira de bonheur après notre mort en faisant de nous des Blans, il suffisait de croire en Jésus.

  • Je suis Tsonga. Répondis-je sans hésitation en le regardant dans les yeux avec la même intensité que lui et peut-être un peu plus puisqu’il baissa son regard feignant de boire son verre.
  • Eh bien Tsonga, sache que dès ce soir tu changeras de propriétaire, une vieille amie de Paris est venue vivre ici et a besoin d’un boy donc je t’ai vendu à elle. Dis à tes parents que tu es le boy de la propriétaire du Centre Commercial, mademoiselle Zola, Jacqueline Zola. Tu peux t’en aller.

  Mon sang ne faisait qu’un seul tour.

Lorsque je sortais du bureau, je comprenais que tout allait changer. Je ne connaissais pas cette demoiselle mais je me disais qu’elle allait faire de moi un autre homme ou mieux elle libérerait l’homme qui est en moi. J’avais hâte d’aller y vivre. Je n’avais aucun chagrin pour mes parents, mon bonheur était prioritaire d’ailleurs il l’était pour eux aussi. Je leur annonçais la nouvelle sans aucun détour, ils étaient heureux pour moi. Toutes les femmes de l’arrière-cour me donnèrent à manger. 

Lorsque le soleil se coucha, il emporta mon ancienne vie avec ses rayons.

  • Est-il comme il faut pour ce boulot Alfred ? Demandait une dame avec autorité à M. Des Noix.
  • Il est parfait, tu ne seras pas déçue, répondait-il en me regardant et en se frottant les mains.
  • Bonsoir boy, je suis mademoiselle Zola, Jacqueline Zola. Et toi qui es-tu ?
  • Tsonga. Ravi de faire enfin votre connaissance, je serais pour vous un serviteur dévoué mademoiselle – mais qui était ce lèche-botte qui s’était emparé de moi.
  • Eh bien, tu fais fort pour ton premier jour de travail c’est bien. Alfred, merci pour tout, maintenant je vais pouvoir emménager, j’ai tellement de choses à apprêter.

Avant même que l’on me dise quoi que ce soit, j’avais déjà la valise de mademoiselle Zola sur mes épaules et je la rangeais à l’arrière de la calèche rouge dans laquelle elle était venue. Cette femme était très belle, pas autant que Violette, mais pour son âge – âge que je ne connaissais pas – elle était encore fraiche. Je voyais monsieur Des Noix baver devant elle comme MFoumou (mon chien) devant un os. Elle portait un pantalon, des bottes d’homme, une chemise et un énorme chapeau. Le pantalon faisait ressortir son derrière rebondi, ses hanches parfaites et surtout la minceur de son ventre. C’était un très beau spectacle. Elle serra quelques mains, fit la bise à madame Des Noix qui n’avait pas l’air joyeuse, fit signe de monter à l’arrière de la calèche et se dirigea vers le Centre Commercial à l’autre bout de la ville.

Le terrain sur lequel était bâti le Centre Commercial était très vaste, il appartenait à l’ancien chef du village Mfoumou Tchimbamba Tchibouela. Il céda ses terres à Michel Morpion qui fut le premier Blanc à débarquer ici, toutes les autres terres devinrent à lui car il avait l’art de la parole mais surtout il accompagnait toujours ses paroles d’actes, c’était ce que les plus vieux racontaient. Toutes les terres appartenaient désormais à la famille Morpion ainsi que tous les Noirs du village, les autres Blancs vivant ici nous prenaient en location. Dans la Résidence des Morpion, aucun Noir ni travaillait, chez eux les domestiques sont Blancs tellement ils détestent être en contact avec les Noirs, c’est uniquement pour faire du profit qu’ils étaient en Afrique et faisaient commerce des Noirs.

Le Centre Commercial était le marché des Blancs, il regorgeait de toutes les bonnes choses auxquelles les Noirs n’avaient pas droit. Le bâtiment avait un rez-de-chaussée et un niveau supplémentaire où se trouvait les appartements de mademoiselle Zola. J’y fis monter ses affaires, elle eut du mal à choisir sa chambre, il y avait au total quatre chambres, au final elle prit la plus grande chambre qui avait une terrasse avec une vue imprenable sur la forêt, les montagnes et les rivières. 

Elle me demanda d’en choisir une à mon tour, j’eus aussi du mal car ne voulant pas avoir l’air trop ambitieux. Je lui dis qu’il m’était impossible de choisir alors elle prit la chambre qui était à l’autre bout de l’appartement, lui aussi était grand et confortable mais il donnait sur la prison – c’était surement un message, mais lequel ?

Nous redescendions, elle visitait tous les magasins. Il y en avait au total vingt-quatre, avec quatre stands de plus pour indigènes. Les Noirs qui vendaient au Centre Commercial étaient des artisans, un couturier, des pêcheurs et autres qui avaient de la marchandise pouvant intéresser les Blancs. Ces Noirs étaient respectés dans le quartier indigène. 

A ce temps-là, il y avait deux catégories de Noir. Ceux qui étaient au service exclusif d’une famille de Blanc qui les nourrissait et les logeait comme mes parents et ceux qui étaient indépendants mais pas libres – sachant que tous les Noirs de la ville étaient esclaves des Morpion – leur indépendance faisait qu’il ne travaillait pas pour une famille en particulier. Ils offraient leurs services à qui le volait et le salaire assurait leurs besoins. Au quartier indigène, ils louaient les maisons qu’ils habitaient. L’argent de la location retournait aux Morpion.

  Après avoir tout inspecté, ma patronne me fit appelle dans son bureau.

  • Nous avons fait le tour des magasins et de l’appartement, beaucoup trop de chambres à mon goût. Disait-elle avec un air absent. Nous procéderons à un réaménagement des lieux Tsonga. 
  • D’accord mademoiselle. Acquiesçais-je
  • Avant d’arriver ici j’ai appris que mon nom avait une signification dans votre langue, laquelle ?
  • En kikongo, Zola signifie aime.
  • Ils ne m’ont pas menti. Désormais le Centre Commercial s’appelle « Je vous aime tous » dans ta langue. Traduction s’il te plait.
  • Munu zola béno nionso, ou si vous voulez nous pouvons prendre la forme contractée qui donne « Mu’ zol’ bén’nionso. »
  • Oui je préfère ça « Mou sol bain nionsou. »

Je faisais un effort surhumain pour ne pas éclater de rire. 

  • Il est peut-être mieux de l’appeler “Zolana” qui signifie “s’aimer”.
  • Oui, c’est mieux. Bref demain matin je veux que tu me trouves des hommes et femmes capables qui serviront de main d’œuvre pour la réfection.
  • Combien de personne au total mademoiselle ?
  • Je ne sais pas, à toi d’évaluer combien il en faudra pour que le boulot finisse demain soir. Et je les veux à six heures pétantes et les travaux commenceront trente minutes après.
  • D’accord mademoiselle.
  • Maintenant laisse-moi.
  • Merci mademoiselle, bonne nuit à vous mademoiselle.
  • Humm

Les travaux furent exécutés dans le temps imparti et tous les ouvriers que j’avais conviés furent grassement payer. Ils me remercièrent de toutes les façons qu’ils purent, mon nom commençait à retentir dans le quartier indigène. Ils me surnommaient « A pesaka mosala », ce qui voulait dire « le donneur d’emploi. » 

Les mois passèrent et mon travail au Centre Commercial prenait de plus en plus de place. Je ne trouvais plus vraiment d’occasions pour rencontrer Violette alors lorsqu’une se présenta nous sautions dessus sans hésitation. 

Violette et son mari vivaient au campement pas très loin de la ville où nous étions, John y était Commandant. Mademoiselle Zola voulait visiter la région et pendant tout un weekend « Zolana » fermera. Les gens se plaignaient mais elle s’en foutait. Nous prîmes la calèche et foncèrent au campement militaire. 

Le Commandant nous recevait chez lui. 

Pendant que les Blancs dînaient, je préparais mon lit de foin car je dormais avec les chevaux cette nuit-là. Je m’asseyais comme un bébé, le foin était moins confortable que mon lit chez mademoiselle Zola mais ce n’était pas ça qui allait m’empêcher de dormir.

  • Hé ! réveille toi, gros paresseux. Me disait une voix de femme.

Je ne réagissais pas. Des mains douces commencèrent à caresser ma poitrine, j’ouvrais un œil et je distinguais parfaitement la silhouette de Violette. Nous ne nous étions pas vus depuis près de trois mois. Elle était plus belle et passionnée que d’habitude. C’était une bonne chose car je l’étais aussi.

  • Bonsoir Violette, murmurai-je.
  • Je suis vexée, mes caresses ne t’excitent pas ou peut-être que cette femme a pris tes couilles.
  • Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?
  • J’ai vu comment tu lui léchais les bottes. 

Elle posa un baisé dans mon cou et commença à me lécher l’oreille.  

  • C’est ma patronne, et tu ne devrais pas être jalouse, toi c’est tout ton corps que je lèche.
  • Jusque-là je ne vois pas ta langue faire son boulot. 

  Elle descendit vers ma poitrine, fit tournoyer sa langue sur mon téton et le mordit. La douleur réveillait en moi le désir. Sa main gauche caressait mon entrejambe et l’autre était sur sa poitrine. Je commençais à durcir dans mon pantalon. Elle m’embrassa, ses lèvres étaient chaudes, juteuses, elles avaient le goût du vin, la sensation de ses lèvres contre les miennes était exquise. Elle m’embrassait lentement, à me faire mourir d’envie. Le plaisir se décuplait lorsqu’elle glissa sa main dans mon pantalon et se saisit de mon pénis, elle le massait, au même rythme qu’elle m’embrassait, de haut en bas. J’étais au bord de l’implosion. 

Puis j’entendis retentir le bruit d’un canon, je ne sentais plus mes membres, ni les caresses délicieuses que me prodiguait Violette, j’avais froid pendant un cours instant et je ne voyais plus rien, tout était sombre, je me sentais me vider et je sentais au loin comme une source de chaleur et instinctivement je marchais vers elle ou peut-être que je volais, je ne sais pas mais la chaleur devenait de plus en plus intense. Je ne pouvais plus rien faire, je n’entendais plus Violette, je ne pouvais plus parler, je ne comprenais pas.

Bonaventure et ses amis à Saly (5/31)

Sept mois et dix-sept jours que je tournais autour de cette fille avec zéro perspective de pouvoir obtenir une proximité physique avec elle, je n’avais même pas encore franchi l’étape du tendre serrage de main, elle me serrait toujours la main comme si j’étais un routier corrompu à qui l’on glisse rapidement un billet avant de s’en éloigner. Mon seul plaisir était d’avoir son parfum sur les doigts, un parfum à l’odeur si particulière que je crus pendant un certain temps qu’elle m’avait envouté, la diablesse… Il m’arrivait de me demander si elle voulait vraiment de moi, si je lui plaisais aussi, à cette interrogation aucune réponse définitive je ne trouvais, parfois je pensais que oui, parfois je pensais que c’était non. Ma seule certitude était qu’elle répondait toujours positivement à mes invitations alors une fois de plus je l’invitais me rejoindre à une virer aux larges de Saly, c’était la première fois qu’on sortait en journée et en groupe.

Cette petite balade hors de Dakar était un plan de Karim, mon ami d’enfance, un bouillon de contradiction ce type, il était plus religieux que moi et encore plus fêtard que moi. Je lui avais parlé de mes difficultés à conclure avec Sonia, la belle de mes rêves au parfum envoûtant, et Karim avait immédiatement imaginé un plan pour me permettre de me rapprocher d’elle.

Il me fît remarquer que j’avais la mauvaise habitude de toujours l’inviter au dernier moment pour des virées nocturnes à travers les boites de nuit de Dakar. Cela ne favorisait pas l’installation d’une atmosphère de confiance dans la mesure où elle voulait peut-être un minimum de sérieux même si ce n’était que sexuel entre nous.

Karim avait le chic de toujours savoir quoi dire aux femmes, une qualité que je lui enviais, si nous n’étions pas amis peut-être que je serais resté puceau plus longtemps.

Le plan de Karim était assez simple, un week-end entre couple à Saly. Il s’agissait de louer une villa de quatre chambres, à nous se joindront les jumeaux Jonas et Joshua, nos meilleurs amis depuis le lycée, qui viendront chacun avec leurs petites amies. Ces deux là étaient en couple depuis bientôt 5 ans pour Jonas et 3 ans pour Joshua et leurs copines étaient mille fois plus fêtardes qu’eux. Karim n’étant pas réellement en couple, il comptait venir avec l’un de ses plans culs réguliers. Contrairement aux autres fois où je l’informais quelques heures avant de sortir au pire et quelques jours avant au mieux, cette fois elle fût prévenue plus d’un mois avant la virée. Avec les gars nous avions absolument tout payé, ce n’était pas notre premier VSD mais c’était le plus stressant pour moi parce que toute ça était organisée dans le seul but de me permettre de copuler avec Sonia.

Pendant le mois précédent le week-end à Saly, mes discussions avec Sonia devinrent plus régulières, elle voulait savoir avec qui on serait et les activités qu’on prévoyait. Je lui envoyais des photos de toute la joyeuse bande de bras cassés. Nous simulions des activités à faire ensemble, toute la troupe, elle semblait éviter de se retrouver seule avec moi et puis nous commencions à parler des nuits là-bas, ne voulant pas lui imposer de dormir avec moi, je proposais de lui laisser la chambre pour dormir au salon. L’idée lui semblait raisonnable. Alors nos conversations devinrent plus généralistes ce qui me permit de constater à quel point on ne se connaissait pas après tout ce temps passé ensemble à sillonner les points show de Dakar. La personne que je découvrais me plaisait énormément, je dirais même que j’étais ensorcelé par sa personnalité sulfureuse, complexe et intelligente. Elle était la femme qu’il me fallait.

Le jour-j arrivé, Karim et moi nous rendions compte que nous n’avions pas réfléchi au moyen de transport, le départ était prévu pour 10h, il était 08h45, Sonia, Fatim et moi étions déjà chez Karim à la Pâte d’oie, non loin de la gare routière où l’on prend, les clandos pour Saly.

  • Allô Nas !
  • Oui, Karim, je suis déjà en route avec les autres. On sera bientôt chez toi. Je ne sais pas si Claude est en route aussi, je n’arrive pas à le joindre.
  • Claude est chez moi bro, en fait il y a un souci là.
  • Lequel ?
  • Bon t’as vu que nous sommes 8, ce sera peut-être d’avoir un clando qui va nous contenir tous, en plus le clando va nous déposer très loin de la villa donc surplace faudra prendre deux taxis pour s’y rendre. En aller-retour, le budget est hyper serré, on ne pourra pas tenir, faut rebudgétiser tout ça rapidement.
  • Donc toi c’est aujourd’hui tu t’en rends compte ! Je suis étonné d’être surpris. Ne t’inquiète pas avec madame on avait déjà vu le problème depuis un bail.
  • Quelle madame ?
  •  Stella, ma femme, quelle autre madame connais-tu ?
  • C’est la seule et unique madame, excuse-moi bro.
  • Tu as intérêt, bref elle a géré avec son paternel donc il nous a prêté un minibus pour le week-end.
  • Super bro, on vous attend.
  • Descendez déjà nous sommes à deux rues de chez toi.
  • Euh donc il a dit quoi bébé ?
  • Ils viennent nous chercher, on descend.

Le minibus ou l’un des minibus du père de Stella, reconnaissable par le logo de l’entreprise familiale, nous attendait en face du bâtiment de Karim. J’étais heureux de revoir Natacha, la copine de Joshua, ça faisait un bon moment depuis son départ pour la Gambie dans le cadre du travail, elle et moi travaillons au service communication de la Croix Rouge. En voiture, elle eut le temps de me raconter son aventure gambienne, nous étions très proche même si cela déplaisait à Joshua mais passons cette étape sans importance.

Après une heure trente de route, nous étions enfin à la villa, le propriétaire donnait des directives à Karim pendant que nous déchargions le véhicule, les filles insoucieuses de porter tous les bagages inutiles qu’elles avaient apporté se jetaient aussitôt dans la piscine. Joshua et moi rangions les bagages dans la villa tandis que Jonas installait les appareils pour la musique et vérifiait que toutes les prises étaient fonctionnelles. Au grand désarroi de ses dames, la villa n’avait pas de wifi mais après réflexion elles jugèrent que c’était mieux ainsi afin de profiter les uns des autres.

Les filles passèrent la journée entière au bord de la piscine qui était devenue zone interdite aux garçons, Karim et Jonas achetèrent la bouffe et les boissons alcoolisés, Joshua était à la sono et je faisais le barbecue. Tout était parfait.

Une fois la dégustation du barbecue que j’avais concocté avec amour terminée, fuyant la nuit noire et sa horde de moustique, on s’enfermait au salon pour jouer à quelques jeux de société. D’abord le Poker puis le Loup, les mîmes et enfin Action ou Vérité, tout s’enchainait en suivant le degré d’alcool consommé et ça commençait à devenir beaucoup même si le jeu était plutôt timide ce qui mit Fatim hors d’elle.

  • Euh non mais vous êtes sérieux là !
  • Qu’y a-t-il ma puce ?
  • C’est nuuul à chier votre jeu-là, tout le monde dit Vérité et lorsque je dis Action on me propose rien de hard. On est là pour jouer ou pas !
  • Si bien sûr mais tu entends quoi par « hard » ? Demandait Jonas en faisant des crochets avec ses doigts.
  • Pff même si je t’explique tu ne vas pas comprendre.
  • Dans ce cas montre nous. La mettait au défi Stella.
  • Euh okrru.

Fatim se lavait, avança au milieu de cercle que nous avions fermé dans le salon, elle se pencha vers l’avant, glissa ses mains sous sa très minuscule jupe et laissa retomber sur ses cuises son string qui alla tout seule s’écraser au sol. Elle retourna s’asseoir.

  • Si vous avez compris, c’est bien.

Nous étions tous ébahis face à son audace, les jumeaux et moi tournions nos regards vers Karim qui n’arrivait pas à cacher son sourire et me lançait des clins d’œil avec zéro subtilité. Mal à l’aise, j’essayais de trouver une parade pour pas que Sonia pense que tout cela état un complot pour coucher même si effectivement tout cela était un plan machiavélique pour me permettre de coucher. Karim était dingue, il avait fait venir Fatim exprès, cette fille n’avait aucune pudeur et avec elle le sexe était garantie. D’ailleurs elle était devenue le plan cul régulier de Karim à une fête où nous étions invités, elle était en couple avec l’organisateur de la fête dont j’ignore complétement le nom et ce gars avait tellement qu’il s’endormit avant même que la fête devienne intéressante, Fatim déclara qu’elle devait coucher avec le mec qui devait réussir à finir en un coup la bouteille de de 1,5 litres de Vodka, sans hésiter Karim entama la bouteille, il était le seul puisque tous les autres prirent cela pour une blague en plus apparemment le mec de la fille était craint de tous mais avant même de finir la bouteille, elle se jeta sur lui et ils firent l’amour dans les toilettes de la maison où la fête avait lieu. À son réveil le gars, énervé, tenta d’étrang…

  • Voilà !

La voix de Natacha me sortit de mes pensées, je tournais la tête vers elle et mon regard fut saisi par le rouge bordeaux de son string qui volait dans les airs avant d’atterrir juste à côté de celui de Fatim. Je n’étais pas le seul à être surpris, même Joshua semblait complétement à la ramasse comme si c’était sa première fois de voir sa copine agir de cette façon.

  • Vous êtes folles les filles, j’adore dommage j’ai porté une culotte en jeans mais tenez mon soutien.

Déclarait Stella en toute décontraction tout en enlevant son soutien-gorge laissant ses gros seins pendre sous son tee-shirt. Je n’en revenais pas mais Jonas était heureux, il hurla même de joie, c’était vraiment incohérent.

Aussitôt tous les regards se tournèrent vers Sonia.

  • Je ne porte jamais de sous-vêtements, murmura Sonia en me guettant du coin de l’œil.
  • Euh c’est votre tour les garçons.
  • Notre tour de quoi ? M’écriais-je en panique.
  • D’enlever quelque chose, de préférence un sous-vêtement. Rétorquait Natacha.
  • En espérant qu’il soit propre, ajoutait Stella.

Et elles éclatèrent toute de rire.

Sans hésitation, Karim retira son tee-shirt et sa culotte, il ne lui restait que son slip de Spiderman, j’aurai voulu que ce soit une blague mais il portait réellement un slip avec le logo de Spiderman à l’avant. Jonas et Joshua se levèrent et revirent en jogging avec leurs caleçons à la main. Désorienté et au pied du mur, je retirais juste mon pull. J’étais torse nu et gêné des regards que me lançaient les filles.

  • Waouh Bonaventure, je ne te savais pas aussi humm que dire. Introduisait Stella en faisant passer sa langue entre ses lèvres.
  • Musclé ! S’exclamait Fatim.
  • Non, c’est beaucoup mieux que ça ma belle, je dirais sculpter.
  • Je suis d’accord, il est très bien bâti mon collègue, je suis même étonnée. Mais pourquoi tu nous cache ça sous tes vêtements amples.
  • Malheureusement mesdames, notre très cher ami est timide pourtant je lui dis tout le temps qu’il a un corps parfait. Expliquait Karim. Mais bon apparemment il veut un ventre comme le mien.

Karim se mit à faire rebondir son ventre pour détourner l’attention de moi, je me senti un peu plus en confiance mais c’était sans compter sur Sonia qui effleura mes abdos avec ses doigts et me chuchota.

  • J’adore le chocolat.

Les jeux se poursuivirent de façon beaucoup plus animée mais surtout de façon beaucoup plus sexuelle mais je pris la peine de demander à Fatim et Karim, les meneurs du jeu, ceux qui faisaient toute sorte de suggestions « hard », d’y aller doucement avec Sonia et moi.

Les choses prirent une tournure totalement folle lorsque Stella demanda à Natacha de sucer Joshua devant nous. J’avais comme envie de disparaitre sur le champ, perdu entre le malsain besoin de voir comment Natacha pratique une fellation et le dégoût en m’imaginant voir la bite en érection de mon ami sans oublier sa tête au moment de jouir ! Non, au secours.

Connaissant Natacha j’espérais qu’elle refuse de le faire mais après le vol plané de son string, je n’étais plus sûr de rien.

Natacha n’attendit pas que Stella lui demande une seconde fois, elle se mit un drap sur la tête et se pencha vers l’entrejambe de Joshua ébahit qui ferma les yeux afin de savourer ce moment de pure délice, je pouvais voir la tête de Natacha se mouvoir de haut en bas à un rythme plein de délicatesse avant de devenir plus frénétique et saccadé, Joshua essayait de s’accrocher à tout ce qu’il y avait autour de lui mais rien n’était suffisamment solide pour le retenir, avant que l’on est le temps de dire Liechtenstein, il avait semblait-il libérer la purée, on pouvait le deviner en voyant son visage décomposé et en écoutant le grognement qu’il voulait désespérément étouffé.

Une fois sa besogne terminée, Natacha se releva et nous regarda fièrement en s’essuyant la bouche. C’était tellement bandant et meilleur que tout le porno que j’avais regardé la veille !

Joshua avait tellement honte, qu’il resta tête baissée pendant un bon moment, son frère jumeau se foutait ouvertement de sa gueule mais il se tue lorsque Natacha menaça de demander à Stella de faire idem.

  • Euh tu n’es pas cool Natacha, moi je voulais voir si Joshua a une grosse bite !
  • Désolé ma puce, celui là il n’y a que moi qui ait le droit de le voir et je t’assure qu’il est exactement comme il faut.
  • Tu es bien oh ma chère.
  • Bébé donc ma bite ne te suffit pas ?
  • Karim chéri, tu sais te servir de ta langue, c’est déjà bien.
  • Quoi ? Tu veux dire que, attends, moi !
  • En tout cas, moi je préfère les petites bites, je suis trop sensible en bas là-bas et malheureusement pour moi je suis tombée amoureuse de Jonas avant de le voir nue.
  • Faut pas dévoiler nos choses dehors comme ça non madame !
  • Ah laisse-moi, tu sais que j’ai encore mal au bas ventre par rapport à ce matin.
  • On va en parler après non, s’il te plaît.
  • D’accord et toi, Sonia, tu les aime comment ?
  • Je les aime noires, charnues, longues, grosses et bien dures. Sans oublier le maniement bien sûr.
  • Tu penses que celle de Bonaventure est comment ?
  • Je n’y ai pas encore pensé mais je vais le découvrir dans la nuit du samedi au dimanche et j’ai hâte d’y être.

Sonia ne me lâchait plus du regard, je faisais semblant de ne pas la voir tellement j’étais excité et gêné, aussi surpris de constater que le plan de Karim fonctionnait à la perfection, sans le demander j’avais un rendez-vous pour baiser alors que je n’avais même pas essayé de l’embrasser. J’étais gonflé à bloc même si j’appréhendais par rapport à sa préférence phallique.

  • Bon puisqu’apparemment j’ai une petite bite, je vais partir dormir c’est mieux.
  • Euh pardon bébé ne te fâche pas non !
  • Tu ne veux que je réagisse comment en découvrant que tu simules.
  • Attention, regarde-moi bien, tu penses que j’ai le temps de simuler. Sache que si tu étais nulle au lit tu n’allais même pas avoir une seconde occasion de me voir nue, même dans tes rêves. Tu es fou !
  • Mais tu as dit que tu aimes les grosses bites mais si la mienne est petite, pourquoi on continue de se revoir alors ?
  • Tu es vraiment bête Karim, suis-moi dans la chambre et tu vas comprendre pourquoi je continue de te revoir.

Karim et Fatim s’en allèrent dans leur chambre à l’étage, et les deux autres couples firent pareil me laissant seul avec Sonia. On entendait déjà Fatim hurlée comme si elle était possédée par un esprit malfaisant ou peut-être bienfaisant…

  • Finalement la taille ce n’est pas si important que ça !
  • Crois-moi Bonaventure, c’est extrêmement important.

Retorquait Sonia en s’approchant de moi.

Nous étions tous deux debout au milieu du Salon, la lumière était tamisée, tous les bruits autour avaient complètement disparu, mon regard se perdait dans le sien, son odeur envoûtante m’envahissait et je me sentais comme flottant sur un nuage. Elle se rapprochait de moi, c’est là que je remarquais qu’elle portait une sorte de longue robe noire totalement transparent, je pouvais distinguait ses petits seins braqués vers moi et comme dans un holdup, je levais les mains ou plutôt je levais la bite. Elle continuait de marcher vers moi jusqu’à ce qu’il n’y ait que le souffle chaud de nos respirations entre nous. Je faisais une tête de plus qu’elle, elle levait la tête pour me regarder et c’est moi qui se sentais totalement intimidé. Que m’avait-elle donc fait ? J’étais hypnotisé, foudroyé par son regard, je voulais partir, loin, ailleurs, la tension devenait de plus en plus insoutenable, je me sentis mieux lorsque je réussis à poser un pied en arrière mais ma joie fut de courte durée car elle se saisit de ma main et le tira vers elle lentement. Je ne comprenais pas ce qui se passait avant de sentir au bout de mes doigts comme un duvet, une humidité puis de la chaleur, je baissais la tête et je voyais comment elle faisait passer ma main entre ses jambes. Elle était chaude, touffue et humide. Elle faisait avancer ma main encore un peu plus vers elle, sa respiration se bloqua pendant un court instant, je sentais son vagin se contracter sur mes doigts.

  • Tu sais, ça fait un an qu’aucun homme ne m’a touché maintenant regarde dans quel état tu m’as mis.
  • Ah bon !
  • À cause de toi je vais être obligé d’acheter de la crème d’épilatoire demain !
  • Pas besoin, c’est dans les hautes herbes que le lion chasse la gazelle.
  • Oh, intéressant !

Elle retira ma main et rapprocha mes doigts de mon visage, j’ouvris aussitôt la bouche, elle pu y glisser es doigts sans encombre, je gouttais à son jus de femme et le goût me donnait envie d’y plonger ma langue pour mieux savourer.

  • Tu sais quoi Bonaventure.
  • Quoi ?
  • Je ne pourrais pas attendre demain pour découvrir la beauté de ton engin, de toute façon la procrastination c’est un poisson.

Elle lançait sa main directement vers mon entrejambe, je reculais et l’arrêta net.

  • Qu’est-ce qu’il y a ?
  • Je ne suis pas un garçon facile.
  • Oh tu veux jouer à ça ? D’accord, j’espère que tu pourras tenir mon cher.
  • Bonne nuit Sonia.
  • À ce matin Bonaventure.

En s’en allant, elle retira sa robe, qui glissait le long de son corps svelte, elle disparaissait nue dans la pénombre, je pu seulement entrevoir son cul qui me semblait moelleux.

Cette fille avait décider de me faire perdre l’esprit.

Les divorcés de Bamako (4/31)

C’était une nuit de pluie habituelle, la mélodie des gouttes d’eau sur les toits caressait les oreilles et berçait les âmes. Hamza, fils du couple Diaby, était séduit par cette mélodie, il était comme envoûté par elle. Du haut de ses trois années de vie, il marchait vers la porte d’entrée d’un pas assuré, ce n’était pas sa première fois d’essayer de sortir mais ce soir-là son père avait laissé la porte ouverte et sa gardienne n’était pas là pour l’empêcher de s’évader alors sans plus attendre il courut à l’extérieur. Il faisait nuit noire dehors, le sol était boueux et le vent soufflait très fort, si fort que le petit Hamza ne put point savourer longtemps sa liberté, il fut propulsé violement vers la maison et son corps frêle se heurta au mur ce qui va le propulser en avant et il va finir sa course la tête dans la boue. Il a fallu quinze minutes à sa mère-gardienne pour constater que Hamza gisait au sol et avait du mal à respirer. Elle ne se posa aucune question, pris l’enfant et couru chercher un taxi pour l’hôpital, surplace elle alerta son époux, coparent et principal pourvoyeur financier afin qu’il vienne rassurer sa famille de par sa présence mais l’époux-père n’était point disponible. Hamza, peut-être honteux, ne se réveillait pas même après stabilisation.

Bintou, inquiète, interrogeait les médecins.

  • Pourquoi il ne se réveille pas ? S’il vous plaît, aidez mon fils à aller mieux.
  • Nous faisons le nécessaire madame, soyez patiente. Réponds le Médecin avec un ton serein.
  • Pff, si elle s’était inquiétée avant, le petit n’allait pas être ici. Murmura un autre médecin au bout du couloir avec un regard dédaigneux.
  • L’erreur est humaine, soyez indulgente Docteur.
  • Mais l’enfant était avec son père ! Quelle erreur ai-je faite ?
  • Tu as laissé le petit avec son père, voilà ton erreur.
  • Mais c’est son père, en quoi est-ce une erreur ? Vous insinuez que mon mari est incapable de s’occuper de son fils ! Je ne vous permets pas Docteur.
  • Ici à Bamako, toi tu connais un homme capable de s’occuper de son enfant ? Les hommes ne savent pas le faire, ce n’est pas leur rôle.
  • Les hommes sont censés protéger leurs épouses et leurs enfants. Donc rester avec son enfant ce n’est pas de la protection ? En quoi ce n’est pas son rôle ?
  • Quand tu t’es mariée là oh, tu as eu une place pour dormir, l’argent pour manger et te soigner là, c’est ça le foyer et c’est comme ça que l’homme protège, en apportant les vivres pour le foyer. Il ne fait pas de la protection rapprochée. Vous les filles de maintenant là, vous aimez délaisser votre rôle, vous pensez être comme les hommes et que les hommes sont comme vous. Voilà maintenant l’état dans lequel tu as mis ton fils.
  • Je ne suis pas ce genre de femmes, ma mère m’a inculqué les vraies valeurs de chez nous et je connais ma place, je respecte mon rôle d’épouse et de mère mais j’étais fatiguée, mon corps ne pouvait plus suivre le rythme, je lui ai demandé de rester avec notre fils juste le temps que je fasse à manger, c’est la première fois en trois ans !
  • Allez mesdames, soyons calme et mobilisons-nous pour le petit Hamza.

La pluie dura toute la nuit, Bintou ne réussit pas à trouver le sommeil. Elle voulait rester près de son fils mais cela était interdit aux personnes n’ayant pas encore soldé le coût de l’intervention médicale reçue pour le patient. Bintou passa donc la nuit dans les couloirs de l’hôpital, tabassée par le froid et la faim avec elle-même le corps endométriosé, son visage laissait entrevoir l’étendue de sa peine. Elle se posait mille questions, toutes servant à se rendre coupable de ce malheureux incident.

De l’autre côté de la ville, Ahmed, se donnait à mille pour cent dans un débat houleux sur la situation des femmes au Mali, il avait face à lui un imam et un chef traditionnel qui tous d’eux estimaient qu’il faisait fausse route mais Ahmed n’était pas à son coup d’essai, c’était pratiquement devenu une routine pour lui, sa discipline favorite, démonter les unes après les autres les arguments qu’il jugeait fallacieux des chefs religieux et traditionnels. C’est pour cela que les émissions de télé aimait l’invitait, il générait une forte audience à chacune de ses apparitions, entre ceux qui détestaient l’entendre et qui ne voulaient pas rater une occasion d’avoir de nouveaux arguments pour le descendre, ceux et celles qui l’admiraient pour son intelligence et celles qui fendaient devant sa beauté, il était incontournable.

  • En ce vingt-unième siècle, introduisait Ahmed avec un calme déconcertant, vous ne pouvez pas enfermer la femme dans la domesticité, c’est socialement et économiquement une aberration pour notre époque. D’ailleurs, il est totalement incohérent d’aduler la tradition pour avoir toujours donné aux femmes une place au-delà des fourneaux et exiger aux femmes de ne point vouloir diriger la Nation !

Les deux autres intervenants se regardaient chacun du coin de l’œil comme pour déterminer qui devra en premier se jeter dans la gueule du loup.

  • La religion et la tradition ne peuvent point vous servir de prétexte pour asservir les femmes, renchérissait-il, ce sont les humains qui fabriquent la société et chaque fois que c’est l’inverse qui se produit l’on assiste à une révolution culturelle. Il est temps pour les africains et africaines d’en subir une. Et croyez-moi, cette révolution n’est pas le fruit de force exogènes mais la conséquence d’un mal-être endogène contre lequel il faut impérativement lutter. L’Afrique ne peut se réjouir de chercher à prospérer en écartant les femmes de la gestion de la société.

Après cette tirade, le public se déchira entre les huées et les acclamations, Ahmed demeurait impassible un petit sourire moqueur en coin de bouche. Les deux autres étaient totalement déboussolés, ça faisait déjà trois heures que ce jeune homme de trente-cinq ans malmenait ces doyens.

  • Mon fils, Ahmed.
  • Docteur Diaby, s’il vous plaît.
  • Mon fils, insistait le chef coutumier, tu as parlé et je t’ai compris. Ce que tu dis est intéressant. Moi-même, ton grand-père qui est là, j’ai mis mes filles à l’école et je souhaite qu’elles dirigent un jour ce pays mais ma plus grande fierté, mon plus grand rêve est de voir chacune avec un bon mari et d’avoir des enfants parce que c’est là le devoir d’une jeune fille.
  • Sans oublier que la famille est le socle de notre société, ajoutait l’imam, et Allah a créé le mariage pour permettre aux hommes et aux femmes de s’unir donc aux familles de se créer. On ne va pas apprendre à nos filles à délaisser leurs maris pour soi-disant aller construire les Nations, si demain nos filles le font c’est que nous avons échouer dans l’éducation de nos fils.
  • Je suis d’accord avec vous deux sur l’importance du mariage mais le débat est ailleurs, je pense. La gestion du foyer devrait être laissé à l’appréciation de tous.

Le débat demeura courtois et axé sur les opinions de chacun sans s’en prendre aux personnes ni aux croyances. Ahmed venait encore une fois d’asseoir sa notoriété et de confirmer sa place d’ambassadeur He For She. De nombreuses femmes devant leurs écrans estimaient qu’il était l’homme idéal, l’homme de ce siècle, beau, intelligent et féministe. Que pouvaient-elles vouloir de plus ? De mieux ? Peut-être un plus gros compte en banque.

  • Donc monsieur Djaby si je comprends bien, demande le juge à Ahmed, vote épouse malade vous a demandé de surveiller votre fils le temps qu’elle fasse à manger pour vous tous et vous êtes parti participer à une émission à l’autre bout de la ville ? Emission à laquelle vous avez été invité à la dernière minute ?
  • Oui, votre honneur c’est cela.
  • Et vous estimez que votre épouse, à qui vous n’avez rien dit à propos de votre sortie, est une mauvaise mère donc ne mérite pas d’avoir la garde de l’enfant ? C’est bien cela ?
  • Oui, votre honneur c’est cela.
  • Je veux bien céder à votre demande mais comment allez-vous faire pour vous occuper de l’enfant puisque vous n’aurez plus d’épouse et que vous estimez que c’est l’épouse qui doit s’occuper de l’enfant ?
  • Votre honneur, après le divorce ma tante viendra s’installer chez moi, elle s’occupera très bien de mon fils, je vous le garantis.
  • Comment pensez-vous que votre tante puisse réussir à s’occuper d’un enfant en bas âge, elle n’a jamais eu d’enfants elle-même ? Sur la base de quoi la pensez-vous plus compétente que votre épouse ?
  • Votre honneur, je le pense, non, je le sais parce qu’elle s’est occupée de moi lorsque j’étais enfant. Elle est pleine d’amour pour tout le monde et réussira à inculquer des valeurs positives à mon fils.
  • Je vois que vous avez pris le temps de bien réfléchir sur le sujet, merci pour vos réponses.

Debout, à la barre devant le juge et aux côtés de celui qu’elle considérait comme l’homme que Dieu avait choisi pour elle, Bintou verse une larme puis une seconde, c’est la énième larme qu’elle verse depuis cette fameuse nuit de pluie objet de cette rupture. Elle voyait le regard plein de sympathie du juge sur Ahmed et elle comprenait qu’elle risquait de ne plus revoir son fils. Cette simple perspective creusait en elle un énorme trou que rien plus tard ne pourrait combler. Il fallait qu’elle réfléchisse à un moyen de garder son fils auprès d’elle le plus rapidement possible avant que le juge ne vienne la questionner.

C’est au petit matin qu’Ahmed pu rejoindre l’hôpital, il était mort d’inquiétude car personne ne lui avait réellement expliqué ce qui s’était passé. Il savait juste que son fils était sous respirateur artificielle. À la réception, il régla tous les frais afin de pouvoir voir le petit Hamza toujours endormi. Il se rendit sans perdre plus de temps dans la chambre et exigea des explications aux médecins, ceux-ci lui firent part d’une noyade dans l’eau boueuse. Après avoir, en vain, essayé de réveiller Hamza, il remarqua l’absence de son épouse qui fut de courte durée car elle débarqua déterminée à exiger un meilleur traitement mais avant leur s’en alla dans les bras de son homme qui va la repousser en l’esquivant.

  • Je n’ai pas la tête à ça actuellement.
  • Je te comprends mon amour.
  • Où étais-tu ?
  • J’étais dans une salle d’attente je crois, personne ne m’a laissée voir notre fils alors…
  • Non, je ne parle pas de tout à l’heure, je te parle de hier nuit !
  • J’étais dans la cuisine, je faisais à manger et, oh non mon fils. Excuse-moi mon amour, excuse-moi, j’aurai dû l’en empêcher.
  • Oui, oui Bintou. C’est ce que tu aurais dû faire ! J’espère pour toi, qu’il va se réveiller.
  • Ahmed, tu me menaces ! Attends, je rêve ou tu insinues que tout est de ma faute ?
  • Ce n’est pas une insinuation mais un fait, tu as été négligente Bintou.
  • De quoi tu me parles ? Tu étais resté avec lui, tu devais rester avec lui, en quoi ai-je mal agis dis-moi ? Il était avec toi !
  • Tu veux vraiment me jeter la pierre alors j’étais parti chercher l’argent qui permet de payer les factures et nous donne la possibilité d’avoir la vie que nous avons.
  • Notre fils est plus important que tout ça, il est plus important que tout Ahmed. Je me suis occupé de lui toute sa vie, ça fait trois ans que je suis avec lui chaque jour non-stop pourtant tu es à la maison toi aussi et la seule fois en trois ans où je te demande de passer trente minutes maximums avec lui parce que j’étais morte de fatigue, tu le laisses seul !
  • Donc tu es fatiguée de t’occuper de Hamza ? Tu ne veux plus t’occuper de lui, c’est ça ? Sache que je ne tolère pas cette attitude sous mon toit.
  • Sous ton toit ?

Lorsque Ahmed toucha son premier salaire grâce à la vente de son livre, la première grande dépense qu’il voulut faire c’est de prendre un autre appartement. Bintou qui se plaignait souvent de l’ancien, qui était à son nom à elle, accepta sans brancher et lui laissa la responsabilité unilatérale d’en choisir un ce qu’il fit et en moins d’un mois ils s’installèrent dans une maison plus petite située dans un quartier moins bien lotis à la charge d’Ahmed. Voir son homme s’épanouir, gagner honnêtement sa vie, était une grande fierté pour Bintou même si elle n’avait pas attendu qu’il est de l’argent pour lui être soumise comme lui avait appris sa mère mais Ahmed affirmait ne pas être un homme cherchant à dominer les femmes. C’est pourquoi, elle fût surprise de son attitude le lendemain de l’incident et tous les jours qui suivirent, elle était en colère et sa colère se transforma en dégoût lorsqu’il demanda le divorce.

  • Madame Djaby ou préférez-vous mademoiselle Keïta ?
  • C’est selon votre appréciation votre honneur.
  • Pensez-vous méritez d’avoir la garde exclusive de votre fils ?
  • J’aime mon fils plus que tout au monde et je pense être la personne la mieux indiquée pour s’occuper de lui à plein de temps jusqu’à ce qu’il devienne autonome mais je ne pourrais pas vivre en privant mon fils de la possibilité de voir son père. J’ai quand-même lié ma vie à cet homme, mon fils porte son nom et même si je n’ai pas pu tenir mon engagement de ne jamais divorcer, je vais tenir celui de ne jamais éloigner un fils de son père. Alors, non votre honneur, je pense que Ahmed et moi devons nous partager la garde de l’enfant. Je pourrais l’avoir du lundi au vendredi et lui les weekends.
  • Vos paroles sont sages mademoiselle Keïta, merci pour cette réponse claire et nette.
  • Merci votre honneur.
  • Cependant un enfant doit grandir avec son père et sa mère au mieux, mais au pire uniquement avec sa mère. C’est pourquoi, je donne à mademoiselle Keïta la garde exclusive du petit Hamza.

Cette déclaration du juge percute l’esprit réfractaire d’Ahmed qui comprend alors qu’il vient de tout perdre, absolument tout ce qu’il avait, son épouse et son fils, depuis des mois il bataillait sans savoir pourquoi ou plutôt il refusa de s’avouer à lui-même les raisons de cet acharnement contre celle qui l’avait toujours supporté. Le juge continue de parler mais Ahmed ne l’entend plus, son verdict du juge n’avait pas d’importance même c’est lui qui avait eu la garde exclusive de Hamza, cela n’avait aucune importance car en réalité ce qu’Ahmed voulait c’était du respect, il voulait se sentir respecter par les autres, montrer qu’il n’était pas un homme faible et malgré tout l’amour qu’il avait pour Bintou, il avait le sentiment d’être inutile en tant qu’homme parce que c’est elle qui détenait le pouvoir économique au sein de leur couple et tout le monde autour de lui ne manquait pas de le lui rappeler chaque jour. Il essaya de compenser ce vide en s’engageant pour une cause qui quelque part pouvait justifier sa position mais ses complexes ne disparurent pas. Même lorsqu’il commença a gagné de l’argent. La situation était hors de son contrôle, la honte, la peur, la colère l’avait dominé et aveuglé le poussant à décider de divorcer. C’était le chemin le plus court vers l’absence de questionnement qu’il avait trouvé.

Au zénith, le soleil brillait de mille feux sur Bamako, hors du tribunal les rues grouillaient de vie, l’ex couple Diaby et compagnie vient de passer moins d’une heure devant le juge et à lire leurs visages on pourrait croire qu’ils y ont fait des années, cinq ans peut-être, le temps qu’à durer leur mariage, d’ailleurs ce moment leur a fait comprendre à tous deux que le plus important ce n’est pas la durée mais l’intensité des émotions.

Arrivé au bas des marches du tribunal, les divorcés s’en vont chacun de leur côté sans se jeter un regard sous les yeux désapprobateurs de leurs parents respectifs. Bintou hâte le pas pour ne pas avoir à rester plus longtemps aux côtés de cet homme qu’elle déteste aimer, retenant ainsi ses larmes et essayant d’apaiser sa colère. D’un pas déterminé elle marche, court presque, loin de ce tribunal.

Sans dire mot, Hamza réussit à libérer sa main que sa mère tenait fermement, il se retourne et court instinctivement vers son père en hurlant le mot papa comme si sa vie en dépend, Bintou et Ahmed font aussitôt volteface et se mettent tous deux à courir vers leur fils.

Fou Amoureux (3/31)


  • Bonjour grand double vé, ça va ?
  • Je vais très bien petit gé et toi ?
  • Moi, ça va un peu.
  • Et l’autre peu ?
  • En fait j’ai un souci, c’est l’anniversaire de ma copine et…
  • Désolé petit je n’ai rien, je ne vais pas te prêter de l’argent.
  • Non, ce n’est pas une question d’argent. En fait, je veux écrire une lettre d’amour, est-ce que tu peux m’aider ?
  • Je gagne quoi dedans.
  • Comment ça tu gagnes quoi ? Ah grand, moi ton seul petit vraiment.
  • Bon petit, je vais écrire pour toi gratuitement mais je ne veux pas de plainte.
  • C’est bon, la fille s’appelle …
  • Oh est-ce que je t’ai demandé ça ?
  • Mais comment tu vas écrire sans connaître un peu notre histoire.
  • T’inquiètes pas petit.
  • Hum grand.
  • Oh petit va-t’en !
  • D’accord.

Le petit gé s’en alla, laissant grand double vé seul. Ce dernier se saisit d’une feuille et d’un stylo, déposa sa cigarette et se pencha pour écrire.

Quelques heures plus tard, le petit gé revint à la cachette de grand double vé avec à la main un sachet noir. Aussitôt il interpela le grand.

  • Tu as fini ?
  • Oui, oui, tu peux lire.
  • D’accord.

Petit gé débuta la lecture.

« À Mon Chocolat

Bonjour,

J’espère que tu vas bien, moi ça va super bien, je vais beaucoup mieux depuis que ma vie est devenue tienne. Merci d’être entrée dans ma vie et de tous les efforts que tu fais pour que notre couple tienne. Je ne sais pas ce que tu as vu en moi pour que sur moi ton dévolu tu jettes, je t’aime à mon arraché les cheveux c’est pourquoi la calvitie me guette.

Plus de trois milliards d’homme sur Terre et c’est moi que tu as choisi, j’en suis honoré et ravi, j’espère être à la hauteur de cet amour. Je sais que tu préfères les belles actions aux mots mais ceci est mon unique arme pour exprimer mes émotions, laisse-moi me libérer de ce poids qui me pèse sur les épaules, laisse-moi te faire visiter mon cœur. Par contre je te préviens pour moi aussi ce sera la première visite, je vais peut-être me perdre en chemin.

Pour commencer, je te dis bienvenu à la place des souvenirs, c’est ici que je garde l’euphorie de chaque moment que nous passons ensemble, les moments de bonheur ainsi que les moments de malheurs. Tous ces moments sont précieux pour moi, c’est mon trésor que je garde jalousement.

Tu te rappelles de notre première discussion sur l’oiseau bleu ? J’avoue que je n’avais pas compris les signaux, à cette époque ce n’étais pas vraiment réciproque, je te trouvais tellement différente de moi, dans mon esprit c’était improbable que je puisse te plaire, je te voyais déjà très carrée, respectueuse des règles, bosseuse chevronnée, amoureuse inconditionnelle, mature !

Même si dans tous les domaines je suis du genre à prendre des risques, en amour je suis un homme réticent, une belle façon de dire peureux. Et sincèrement je ne regrette pas d’avoir gardé mes distances, peut-être que ma façon de t‘aborder t’aurais fait fuir, qui sait ?

D’ailleurs je te remercie d’être venue vers moi, ou plutôt je remercie D. de t’avoir poussé à venir vers moi. Sans elle j’aurai vécu ma vie sans connaître le chocolat ! Une vie sans saveur, tu es mon sauveur, ta présence chaque jour je savoure et vaincu je m’avoue.

Comment pourrais-je oublier ce 20 Juillet 2020 ? Même si je le voulais, je n’en serais pas capable, ce jour-là c’était notre première vraie conversation mais j’étais déjà à toi, il t’aurait suffi de me demander la lune pour que j’y marche.

Des relations à distance j’en ai connu beaucoup mais la nôtre a la particularité de me ramener sans cesse à la réalité et de me faire me rendre compte de mes manquements chaque jour. J’ai passé tellement de temps à vivre dans ma tête, à y tourner en rond jour après jour que j’avais oublié qu’autour de moi il y avait une vie, un monde qui tournait et qui ne m’attendait pas.

Tu m’as compris, tu me comprends, on se complète avec toi tout semble si simple et si complexe à la fois. Je t’ai montrée mes défauts et tu m’as souri. Tu m’as montré tes défauts et j’ai éclaté de rire. Comme pour signifier que notre intérêt l’un pour l’autre est supérieur à nos différences ou peut-être que c’est parce que nous sommes différents que nous nous intéressons l’un à l’autre.

Au fait merci de m’avoir offert mon premier orgasme, je ne pouvais pas ne pas en parler.

Je sais que tu as coulé beaucoup de larmes par ma faute, j’ai été un gros con pour des sujets insignifiants, je t’aime mais j’avais peur d’être blessé, tu vois dans cette place des souvenirs il y a encore sur certains murs le reste de photo arrachée de ma relation passée. Je sais que je ne devrais pas en parler mais j’avais peur de me donner entièrement et de tout perdre, j’ai été égoïste et j’en suis profondément désolé, je ne voulais pas être l’instrument de tes tourments mais parfois lorsque je ferme les yeux tout remonte, rien que de l’écrire je suis pris de honte.

Plus jamais.

Pardonne-moi de t’avoir, exprès, blessée. J’avoue que l’amour m’a rendu dépendant et possessif, je ne savais pas que j’allais ne pas vouloir te partager. L’amour c’est douloureux maintenant je le sais et je n’aime pas ça mais je sais que tu seras toujours là pour me tenir la main, hier, aujourd’hui et demain.

Dépassons les souvenirs s’il te plait, allons dans la salle des trophées, je l’ai nommé en hommage à une déesse grecque, celle du foyer car je m’y sens chez moi, et au milieu j’ai posé l’arbre à palabre au pied du quel se trouve toutes les disputes que j’ai remporté, ça n’arrive pas souvent mais c’est mon petit plaisir coupable. En dehors de ceux-là, le reste sont tes trophées, ceux des batailles que tu as remportées, ceux que j’ai remporté pour toi, une liste non-exhaustive de toutes les choses glorieuses que tu as réalisés afin que je n’oublie jamais avec quelle femme merveilleuse je partage ma vie depuis bientôt neuf mois.

Je suis tellement fier de toi, tellement impressionné par ton parcours, ton intelligence n’a d’égal que ta dévotion envers les gens que tu aimes. Tu m’impressionnes car tu as réussi à tracer ton propre chemin sans entrer en conflit avec le monde extérieur, l’avis des autres tu t’en fous mais réellement pas juste pour te donner du courage, tu es droite dans tes bottes et tu bottes les maladroits.

Lorsque je t’ai connue tu étais une femme libre, indépendante ou presque, épanouie et en quête d’un bonheur plus grand, tu m’as donné envie de parcourir ce chemin avec toi, de participer à cette quête. Merci de m’avoir accepté à tes côtés capitaine. J’espère être à la hauteur de la mission.

Tu es le capitaine de notre navire, n’en doute jamais, tu as toutes les qualités pour nous mener à bon port.

Excellente stratège, tu sais utiliser les bons mots et les bonnes méthodes pour renverser n’importe quelle situation à ton avantage. Tu es disciplinée et prévoyante en plus d’être attentionnée. Tu réconfortes les esprits meurtris, guérit les blessures de l’âme par tes mots, ta douce voix transporte un message de bonheur que je ne me lasserai jamais d’entendre, jamais.

Je te fais confiance en tout et pour tout, je te pardonne tout. La vie est trop courte pour se méfier, la vie est trop courte pour être rancunier. J’ai confiance en ton jugement éclairé, si tu veux qu’on saute dans le vide, je le ferai sans hésiter parce que je sais à quel point tu veux me faire du bien, tu veux me rendre heureux et tu ne feras jamais rien qui pourra me nuire.

Fais-moi tout autant confiance, sache que je veux te rendre heureuse par tous les moyens en ma disposition, et j’irai aussi loin que possible pour te combler.

Ô, capitaine, mon capitaine !

Je suis fier de ton implication de plus en plus grandissante dans l’écriture, dans la vie de votre projet, tu dois continuer à travailler aussi dur, à t’écouter, à partager tes connaissances, le monde a besoin de ta lumière alors brilles pour lui. Aies confiance en toi, en tes compétences, puisque tu penses n’avoir aucun talent, aujourd’hui est ton jour alors je ne vais pas te contredire.

Aussi je t’invite à prendre plus à cœur la réalisation de certains projets, tel que le cabinet, ce cabinet fera beaucoup de bien à énormément de gens, tu le sais. Fais en sorte que ça devienne une réalité, tu en es capable, regarde en toi, crois en toi et ne lâche rien.

Quand je pense que nous avons vécu toutes ces choses sans se voir, sans se toucher, et pourtant je suis sûr de pouvoir reconnaître ton odeur, je suis sûr de savoir ce que ça fait que de poser mon visage dans ta paume de main. J’espère avec toi réaliser mon plus grand rêve, mon plus grand fantasme qui est d’aller au restaurant avec la femme que j’aime, faire ensemble une balade romantique.

Je rêve chaque jour de notre première rencontre, j’attends ce jour beaucoup plus que je n’attends le retour de Jésus-Christ.

En ce jour de ton vingt-quatrième anniversaire, je te souhaite de rencontrer enfin l’homme de ta vie, le jour que tu le verras dis-lui ce que tu as pensé de cette lettre pas avant.

Je te souhaite de trouver un emploi stable, de gagner beaucoup d’argent, de rendre tes parents fiers de toi, d’offrir à tes neveux et nièces tous les beaux cadeaux.

Je te souhaite d’avoir une longue vie, une vie heureuse, une vie pleine, une vie lumineuse.

Je te souhaite d’exister, de t’accomplir en tant que personne, de briller tellement haut dans le ciel que peu importe où je serais je vais toujours te voir et tu vas toujours me guider.

Excuse-moi de n’avoir en ce jour que des mots à offrir, je sais que tu aurais préféré un gâteau, une crème glacée et des crevettes.

Tu es grâce et je veux te couvrir de gloire parce que je t’aime.

Je t’aime comme le gari aime l’eau

Je t’aime comme Apple aime son logo

Je t’aime comme les corrompus aiment les corrupteurs

Je t’aime comme les congolais aiment la bière

Je t’aime comme les musulmans aiment la prière

Je t’aime comme iPhone aime les mises à jour

Je t’aime comme Vesta aime les caprices

Je t’aime comme les pauvres aiment l’argent

Je t’aime comme tu m’aimes et peut-être plus…

Signé TOI »

 Une fois la lecture terminée, petit gé leva les yeux vers grand double vé, son regard était rempli de point d’interrogation.

  • Mais grand, ça c’est quoi ? C’est qui Chocolat ? C’est quoi cette histoire ?
  • Petit calme toi.
  • Mais je t’ai bien dit que je voulais une lettre pour ma copine, ce que tu as écrit là ça n’a rien avoir avec ma copine ! Est-ce que ce n’est pas ta propre histoire que tu as écrite là-bas ?
  • Petit doucement, fais attention à tes paroles hein. Tu voulais une lettre gratuitement non, tu as eu la lettre.
  • Non, grand tu ne peux pas me dire ça !
  • T’inquiètes pas, c’est une belle historie d’amour, si tu montres ça à ta copine elle va aimer, c’est comme Titanic. D’ailleurs il y a quoi dans ton sachet, donne-le.
  • Je refuse, c’est pour ma copine.
  • Mais tu as déjà la lettre, tu vas faire quoi avec un second cadeau. C’est trop, donne ici.

Petit gé se mit à courir mais grand double vé réussi facilement à lui barrer le chemin, pris le sachet noir et s’en alla. Petit gé s’allongea sur le sol et commença aussitôt à pleurer.

Une main féminine se posa sur son épaule, il cessa de pleurer et se retourna vers la personne.

  • Monsieur G.W ! Tu es sûr que ça va ?
  • Oh Vesta, joyeux anniversaire mon amour, je t’aime très fort.
  • As-tu pris tes médicaments ?
  • Quels médicaments ?
  • Ceux que tu dois prendre par rapport à tes troubles bipolaire, as-tu oublié ? Tu m’avais promis de ne pas oublier.
  • Oui, j’avais oublié excuse-moi. Mais je n’ai pas oublié ton anniversaire, j’ai même écrit une lettre.
  • D’accord monsieur.
  • Tu es la meilleure psychologue du Congo !
  • Allons dormir monsieur.

L’écrivain G.W s’en allait la larme à l’œil car encore une fois il n’a pas pu déclarer sa flemme à cette femme dont il est amoureux passionnément depuis neuf mois qu’il est interné dans cet hôpital psychiatrique.

Jour de divorce à Bamako (2/31)

Dans la salle d’attente du tribunal de la Commune I de Bamako se tient un couple, le couple Diaby, attendant leur tour pour eux aussi rejoindre la longue liste des divorcés du Mali. Une liste qui chaque année s’agrandit beaucoup plus vite que la liste des recrutements à la fonction publique. Les Diaby se guettent du coin de l’œil chacun essaie de feindre l’indifférence, ironiquement cette scène rappelle leur première rencontre, il y a sept ans, au restaurant de l’aéroport Modibo Keïta, Ahmed attendait un ami et Bintou son patron. Loin d’être de la séduction, ils se jetaient des regards hostiles parce que quelques minutes avant ils s’étaient rentrés dedans dans un couloir de l’aéroport et aucun des deux n’a voulu reconnaître son tort, d’ailleurs à ce jour personne ne sait qui avait bousculé l’autre en premier, certainement l’un des plus grands mystères de l’humanité. Entre eux ce n’était pas le coup de foudre dans un sens romantique mais plutôt dans le sens d’une grande tempête et leur mariage deux ans plus tard avait étonné tout le monde et comme ils le disent si bien, cette tempête a mené leur bateau vers une île perdue où ils ont ensemble bâti une ville, la ville de l’amour.

Bientôt le juge va lever et baisser son marteau pour détruire la ville.

Ce jour-là à l’aéroport, le hasard fit que Sidi le meilleur ami de Ahmed était le fils du patron de Bintou donc ils se retrouvèrent à 4 dans le même véhicule. Sidi s’était même assis à l’arrière pour discuter avec Bintou, ils échangèrent en cachette leurs numéros de téléphone sauf que Sidi n’avait jamais appelé et le père de Sidi proposa un stage à Ahmed dans son entreprise.

Cette proposition avait fortement irrité Bintou car elle n’aimait pas les gens pistonnés, cette irritation devint plus grande lorsqu’elle découvrit qu’en fait Ahmed, 28 ans, était docteur en histoire, diplôme qu’il avait obtenu en France, il avait décidé de rentrer s’installer au Mali après le décès de son père espérant y trouver du travail et l’occasion d’incarner un changement dans son pays. Bintou, 23 ans, était ingénieure QHSE et avait vécu toute sa vie au Mali, à Bamako, issue d’une famille modeste, elle travaillait depuis l’obtention du baccalauréat et réussit à intégrer l’entreprise minière du père de Sidi après sa licence et avait gravit les échelons jusqu’à devenir chef du service QHSE de l’entreprise. Cette différence de parcours était source de tension entre eux mais lorsque 6 mois plus tard, malgré de bon résultats Ahmed finit par démissionner parce qu’il estimait être là-bas de façon injuste, le respect s’installa entre eux puis l’amour enfin mariage et enfant.

  • Arrête de me regarder ? Lance Bintou enragée.
  • Je ne te regarde pas, toi arrête de me regarder. Retorque Ahmed en toute tranquillité.
  • Comment sais-tu que je te regarde si tu ne me regardes pas aussi ?
  • Cesse de faire l’enfant Bintou, c’est quoi ces gamineries ?
  • Pourtant c’est ce que tu aimes non, les petites filles !
  • Eh attention, je ne te permets pas !
  • Donc tu vas faire quoi ?

Ils se lèvent et se mettent face à face.

La colère dans leurs regards était facilement perceptible, l’atmosphère de haine était si pesante, la tension si forte qu’elle semblait sexuelle. Ils avaient même oublié que leur fils les regardait.

  • Où sont-ils ? Où sont-ils ? Hurle au loin une dame en traversant les couloirs du tribunal.

Ahmed qui reconnait la voix de sa tante, va sortir pour lui indiquer le chemin.

Elle n’est pas seule, la mère de Bintou est avec elle. Les deux femmes sont essoufflées, elles viennent de parcourir la moitié de la ville dans le but d’empêcher cette séparation dont elles ont été informées à la dernière minute.

  • Comment pouvez-vous décider de divorcer sans nous informer ? S’inquiète la mère de Bintou.
  • Maman, ce n’est rien de grave. La rassure Bintou.
  • Oh toi tais-toi là-bas ! Vous, les jeunes filles d’aujourd’hui n’avait aucune conscience d’à quel point le mariage est important. Incapable de résilience pour la moindre chose vous trainez vos époux devant les tribunaux. Sais-tu à quel point c’est indigne d’une femme ?
  • Mais maman, ce n’est pas moi qui aie demandé le divorce, c’est lui !
  • HEIN ! Comment ça c’est toi mon fils ? S’exclame la tante d’Ahmed.

Tous les regards se tournent vers Ahmed, le temps est devenu comme figé, dans son regard à lui, la colère laisse place au questionnement.

« Pourquoi ? »

Vaste question, sur laquelle il avait longuement disserté et dont il avait synthétisé la conclusion.

  • Parce que je ne peux pas être avec une femme qui est incapable d’épauler mon ascension professionnelle et de jouer pleinement son rôle d’épouse.

Bintou le regarde sidérée et en colère, encore plus, on peut lire le dégoût sur son visage, sur lequel se déverse un torrent de larmes.

  • Mais ma fille, qu’as-tu fait ? Je t’ai bien éduquée, je t’ai appris les valeurs d’une bonne épouse, je t’ai appris l’importance d’être au service de son foyer. Où as-tu développé cette indiscipline ? Veux tu finir vielle fille ? Veux tu mourir dans ma maison ? En plus tu es incapable de demander pardon à ton époux afin qu’il te reprenne !
  • Pourquoi je dois demander pardon ? Qu’il vous dise ce que j’ai fait de mal ensuite je vais m’excuser. Maman, tu sais que je suis une enfant respectueuse, alors pourquoi je vais être une femme rebelle ? Mon époux n’est-il pas mon père et ma mère ? Pourquoi je vais être impolie envers mes parents. Je n’ai rien fait de mal, je ne vais pas m’excuser et je ne veux plus de ce mariage. Je ne peux pas vivre avec un hypocrite, un ingrat.

La déclaration de Bintou sonne comme un coup de pied dans une fourmilière. Les regards retournent sur Ahmed.

  • Je ne te permets pas de m’insulter et tu sais très bien ce que tu as fait pour qu’on en arrive là.
  • Je ne sais rien et je ne veux pas savoir. Tu dis que je suis incapable d’épauler ton ascension et de jouer mon rôle d’épouse, je l’accepte sans me justifier, tu as déjà suffisamment prouvé que tu ne me mérites pas. Finissons-en.
  • Pas si vite, nous voulons savoir. Disent en chœur les gens dans la salle d’attente.

Après sa démission de l’entreprise du père de son meilleur ami, Ahmed resta sans emploi, sans source de revenus et sans perspective d’avenir stable. Il essayait des choses à droite, à gauche sans grand succès. Pendant ce temps, Bintou voyait sa carrière prendre une ampleur inespérée entre les nombreuses primes et promotions sans compter les récompenses pour des travaux qu’elle gérait à l’international. Nos deux tourtereaux vivaient un amour fou, ils réussissaient à exister dans leur couple sans se laisser empoisonner par l’aspect professionnel qui causait beaucoup de polémique dans leur entourage. Déjà c’était anormal pour tous qu’une femme ait le niveau de responsabilité et de rayonnement qu’avait Bintou, il était encore plus anormal pour tous de voir un couple où la femme gagne plus d’argent que l’homme, euphémisme pour signifier que l’homme est complétement fauché.

Au quartier, sur les réseaux sociaux, un peu partout, Bintou était décrite comme la femme castratrice, une féministe extrémiste, une messagère des impérialistes venues détruire la société malienne.

Pourtant c’est Ahmed le féministe du couple. Bintou est une vraie partisane de la domination masculine, pour elle, il n’y a point d’autres modèles sociales viables que celui où l’homme règne pleinement sur toutes les sphères de la société tandis que la femme s’occupe du foyer, une parfaite complémentarité fruit de la création divine dans toute sa splendeur.

Rempli de son désir de justice et de transformation de la société malienne mais aussi fatigué de voir les gens inutilement insultés son amoureuse, Ahmed va décider de produire du contenu vidéo et écrite sur internet pour sensibiliser et éduquer les gens sur la nécessité de construire une société plus égalitaire entre femmes et hommes. Cette initiative recevra un accueil plutôt timide mais cela ne pouvait pas décourager Ahmed qui se sentait en mission.

Deux ans après leur rencontre, ils se marièrent dans la plus grande simplicité au milieu des membres de leur famille respective. Cet événement amorça la décente aux enfers de Bintou avec la menace de renvoie que le père de Sidi, son patron, faisait peser sur elle au cas où elle était enceinte.

Le contenu partagé sur internet par Ahmed recevait de plus en plus d’adhérents, de ses réflexions sur la société naquit en autoédition un an plus tard un essai qui se vendit à plus de 10 000 exemplaires à travers le monde, ce qui fit de lui le pro-féministe le plus célèbre du Mali, ambassadeur He For She et tout le tralala officiel, son second livre fut édité par une grande maison d’édition dont il est inutile de faire la publicité ici.

  • Ahmed, mon fils, je suis le seul parent qu’il te reste, s’il te plaît parle-moi. Dis-moi ce qui s’est passé avec ton épouse. C’est quand-même ta femme n’oublie pas ce que vous avez vécu ensemble, tout peut toujours s’arranger. Je ne veux pas de divorce, s’il te plaît, parce que le divorce est …

Une jeune femme en larme interrompt la tante dans son speech d’apaisement, elle en profite pour montrer la dame du doigt comme pour illustrer ce qu’elle s’apprêtait à dire sur le divorce. Ce qui semble avoir de l’effet sur Ahmed.

  • Puisque tu me le demandes, rendez-vous bien compte que madame ici présente refuse de s’occuper de mon enfant et ce dernier a même failli mourir car sans surveillance sous prétexte qu’elle devait se reposer. De quoi ? Je ne sais pas, puisqu’elle passe la journée à la maison à se tourner les pouces !
  • Eh Bintou, ma fille ?

Maintenant les regards se tournent vers Bintou.

  • Ton enfant ? Tu m’as prise pour une gardienne ou quoi ! J’ai cessé de travailler depuis maintenant trois ans pour m’occuper de TON enfant et de TA maison. Il y a de nombreuses entreprises qui me sollicitent mais je refuse parce que je prends mon rôle d’épouse et de mère très à cœur, c’est mon unique raison de vivre et j’en suis heureuse. Mais je me rends compte que tu n’as aucun respect pour moi ! Comment peux-tu dire que je reste à la maison me tourner les pouces ?

Une vague d’émotions s’emparent d’elle et elle verse son torrent de larmes puis se ressaisi pour poursuivre.

  • Mais jusqu’à présent tu ne dis pas la vérité Ahmed, dis-leur que tu travailles à domicile, tu n’as pas de bureau, tu es à la maison 7 jours sur 7 sauf cas exceptionnel, dis-leur que j’aurai pu faire comme d’autres femmes et garder mon emploi, t’obliger à t’occuper de TON enfant en mon absence. Pourquoi tu ne dis pas que TON enfant a failli mourir parce que sa gardienne qui est accessoirement sa mère était malade et t’avais demandé pour la première fois depuis 3 ans de le surveiller pendant qu’elle faisait à manger ! Faut dire que tu as préféré sortir sous la pluie pour participer à une émission télé de dernière minute sans prévenir personne, laissant TON enfant seul au salon. Pourquoi tu ne le dis pas ? Tu te comportes mal, on te supporte et c’est toi qui as l’audace de demander le divorce ! Mon frère, faut partir.

Ahmed est silencieux, il esquisse un léger sourire et regarde avec insistance chaque personne dans la salle, se tapant la poitrine il commence à rugir.

  • Je suis l’homme de la maison, le chef de la famille, si je ne sors pas chercher l’argent ou si je…
  • Donc c’est ça ta défense ! Tu n’as même pas honte, tu es en contradiction avec toi-même. Tes nombreuses vidéos sur internet, tes livres et autres contredisent ton propos et ton comportement. De toute façon, tu as décrété que je suis une mauvaise épouse, tu veux le divorce, je ne vais pas te retenir mon cher, pars et ne reviens jamais.
  • Ne me parle pas sur ce ton Bintou !
  • Tu as demandé le divorce non, il n’y a plus de famille donc tu n’es plus chef.

C’était une nuit de pluie habituelle, la mélodie des gouttes d’eau sur les toits caressait les oreilles et berçait les âmes. Hamza, fils du couple Diaby, était séduit par cette mélodie, il était comme envoûté par elle. Du haut de ses trois années de vie, il marchait vers la porte d’entrée d’un pas assuré, ce n’était pas sa première fois d’essayer de sortir mais ce soir-là son père avait laissé la porte ouverte et sa gardienne n’était pas là pour l’empêcher de s’évader alors sans plus attendre il courut à l’extérieur. Il faisait nuit noire dehors, le sol était boueux et le vent soufflait très fort, si fort que le petit Hamza ne put point savourer longtemps sa liberté, il fut propulsé violement vers la maison et son corps frêle se heurta au mur ce qui va le propulser en avant et il va finir sa course la tête dans la boue. Il a fallu quinze minutes à sa mère-gardienne pour constater que Hamza gisait sur le sol et avait du mal à respirer. Elle ne se posa aucune question, pris l’enfant et couru chercher un taxi pour l’hôpital surplace elle alerta son époux, coparent et principal pourvoyeur financier afin qu’il vienne rassurer sa famille de par sa présence mais l’époux-père n’était point disponible. Hamza, peut-être honteux, ne se réveillait pas même après stabilisation.

C’est seulement le lendemain que le père su ce qui c’était passé et en colère il décida qu’il fallait qu’Hamza ait une autre mère-gardienne.

C’était là le motif du divorce.

À l’intérieur du tribunal de Bamako, un juge lève et baisse son marteau pour détruire la ville en feu de l’amour construite par deux cœurs qui longtemps brûlaient d’amour l’un pour l’autre mais aujourd’hui il ne reste que du mépris même si chacun souhaite à l’autre de trouver l’amour véritable.

Mais il n’a pas encore dit avec qui devra vivre Hamza et toute l’assistance est suspendue aux lèvres du juge…

La vie continue (1/31)

Il a vécu une belle et longue vie, sa mort est tragique mais souvenons-nous de lui vivant et célébrons le dans toute la dignité et la gloire qu’il mérite. Il m’avait dit de faire la fête lorsqu’il ne sera plus, alors honorons sa mémoire.

Les mots de mon père resonnent encore en moi, tournent en boucle dans ma tête, ai-je rêvé de cette journée, de ces événements ou tout ça est vraiment arrivé ? Est-ce réel ? Je ne sais pas si c’était hier ou ce matin, je ne sais pas s’il s’est écoulé vingt minutes ou vingt secondes, ma seule certitude c’est que mes larmes continuent de couler.

Tentant de fuir, mon regard insaisissable rencontre celui de Twari plein de questions aussi troublantes les unes que les autres, je le regardais, il me regardait, nous nous regardions et personne ne pouvait accéder à la requête de l’autre avant de nous rendre compte que nous ne cherchions pas des réponses mais du réconfort. Comprenait-il ce qui était en jeu ou était-il triste pour m’imiter ? Serais-je un jour capable de lui expliquer ? Aura-t-il un souvenir du vieux ?

Les choses se sont enchaînées si vite, il était sur la piste de danse avec maman et elle le raccompagnait s’asseoir. Ensemble, ils dansèrent les six minutes cinquante secondes de Mommy, la chanson préférée de grand-père dans la discographie de Thione Seck. Il était heureux, heureux de retrouver sa fille, heureux que son souhait soit devenu réalité, lui qui m’avait fait promettre de lui permettre de danser avec elle une dernière fois en guise de réconciliation. Toute l’animosité qu’il y avait entre eux avait disparu le temps d’une danse. Maman a eu la chance d’être la dernière personne à se blottir contre lui, à sentir son corps chaud et son cœur battre, elle ne se doutait certainement pas que c’était la dernière fois.

Peut-être elle aussi n’arrive pas à réaliser le drame qui nous est tombé dessus, j’espère être assez forte pour nous toutes.

Ma grand-mère, Mame, est la seule à avoir l’air sereine, elle semble être en paix et en harmonie avec ce qui nous arrive, c’est dingue, en même temps elle a passé toute sa vie avec lui, ce départ représente une délivrance et aussi un rendez-vous dans l’au-delà.

Cependant je me demande s’il n’a pas fait exprès de mourir aujourd’hui puisque toute la famille est réunie ainsi que toutes les belles familles, c’est exactement le genre de choses que grand-père aimait bien faire : profiter d’un événement pour en annoncer un autre plus grand.

Quelques heures sont passées depuis que mes cousins ont transporté grand-père loin du regard de tous. Nous nous apprêtons pour son enterrement qui va se dérouler cet après-midi.

J’ai déjà assisté à des enterrements mais je n’ai jamais été aussi proche du défunt, peut-on dire que j’étais proche de grand-père ? Nous n’étions pas proches mais il n’était pas trop loin. J’ai toujours vécu avec son silence, lui qui ne parlait pas beaucoup, maintenant je vais devoir vivre avec son absence. L’absence est plus douloureuse que le silence parce qu’au moins dans le premier cas je sentais son regard approbateur ou désapprobateur sur moi. Son silence était pesant, impossible à ignorer, son silence pouvait être blessant ou apaisant, son silence disait tout, son silence imposait le respect. Il ne sera plus jamais silencieux, désormais il sera absent.

Je sens mon cœur qui se comprime dans ma poitrine, si hier quelqu’un m’avait dit que je parlerais de grand-père au passé j’aurais simplement rigolé mais hélas, il demeure immortel mais je ne savais pas qu’il était périssable.

Nous sommes en voiture, Mor me tient la main, il évite mon regard peut-être pour pas que je le réussisse à le voir pleurer. C’est grâce à grand-père qu’il a pu devenir mon époux depuis bientôt vingt-quatre heures. Je doute que nous puissions vivre ensemble aussi longtemps mes grands parents mais nous serons toujours là pour notre fils, c’est ma certitude.

L’inhumation de grand-père se fera au cimetière musulman de Ouakam au pied du Monument de la Renaissance. Plutôt poétique je trouve.

Surplace je décide finalement de rester dans la voiture, je préfère que mon dernier souvenir de lui soit cette danse, ce sourire, ce déhanchement grâcieux malgré les kilomètres au compteur. Je ne veux pas le voir, je ne veux pas le revoir, je n’aurai pas dû venir, j’aurai voulu avoir un dernier moment avec lui, moi aussi danser avec lui, j’avais tellement de question à lui poser, tellement de choses à apprendre de lui. Je voulais qu’il me raconte sa version de son idylle avec Mame, cette femme pour qui il a tout abandonné, cette femme pour qui il a complétement changé. Je ne connais pas de plus belle histoire d’amour que la leur et je pèse mes mots car des histoires d’amour j’en connais énormément.

Mame était un militante anti-impérialisme colonial, ma grand-mère est une des mères fondatrices de la Nation sénégalaise et plus encore de l’Afrique libre, il a abandonné son petit village au Nord du Sénégal pour rejoindre Dakar et lutter aux côtés des autres indépendantistes, je ne parle pas de Senghor mais des vrais indépendantistes. Et mon grand-père était l’homme de l’ombre, son premier adepte, son premier fan, il le disait souvent à qui voulais l’entendre qu’avant de libérer le Sénégal Mame l’avait libéré lui et que c’était un honneur immense pour lui.

Toute sa vie, grand-père a lutté pour que le monde écoute et respecte son épouse et comme il le disait aussi, son nom n’entrera dans aucun livre d’histoire tout comme celui des épouses de grand chef et il n’en était pas triste, il avait fait ce que son cœur lui demander, il avait vécu à la place qu’il s’était choisie. Dans sa longue vie il n’a eu que du bonheur et rien d’autre.

Un sentiment de culpabilité s’empare de moi. Je ne lui ai pas dit au revoir alors que j’en avais l’opportunité. Sans plus réfléchir, je sors du véhicule et cours vers le cimetière, Mor qui était devant la voiture me retient et m’enlace, il me demande de me calmer.

  • En voiture tout le monde, ordonne mon père.
  • Quoi c’est fini ! M’exclamé-je à haute et intelligible voix.

C’est le bruit des véhicules qui me répond, personne ne dit mot.

  • Rentrons à la maison bébé, me propose Mor.
  • Non ! Je veux voir mon grand-père avant, une dernière fois. Rétorqué-je
  • Ce n’est plus possible, son corps gît déjà à six pieds sous terre et son âme est prêt d’Allah.
  • Pourquoi est-ce passé si vite ? C’est trop tôt.
  • Tôt ? Il a vécu plus de 90 ans je te signale !
  • Non, je parle de l’enterrement. Pourquoi on ne prend pas plus de temps pour se recueillir ?
  • Parce que ça ne va pas ramener le mort, parce que la vie continue donc nous devons poursuivre notre chemin et le laisser débuter le sien. Nous devons sourire car là il est, il trouvera plus que bonheur. Il trouvera la paix.

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